Génération tablette ?

Nous verrons sans doute, à terme, des fournisseurs proposer des tablettes numériques pour enfants sur lesquelles sera déjà installé un contenu adapté. Des tablettes contenant par exemple des contes classiques, des histoires, des jeux, des comptines, des chansons. Une sélection « inoffensive » que tout parent pourrait laisser à son enfant les yeux fermés. On peut même imaginer des tablettes différentes selon les tranches d’âge destinataires. Génial au premier abord. De quoi monopoliser les bambins pendant quelques heures de voiture ou les mercredis après-midis pluvieux.
M’enfin, tout dépend de la qualité du contenu. Si les livres intéressants, jolis sont noyés dans un flot abrutissant sur lequel nous n’avons même pas envie de nous pencher, l’opération pourrait se révéler assez stérile. Gageons tout de même que certaines tablettes offriront un contenu, globalement, de bonne qualité. Pourquoi pas ? Mais avec quelques réserves.

Tout d’abord, quelles limites d’usage donner à son enfant ? Une tablette, sur un plan technologique, peut accueillir un certain nombre de livres numériques, jeux et autres. Suffisamment en tout cas pour occuper un enfant pendant des heures. Vous allez donc lui offrir un appareil uniquement pour lui, sur laquelle il va trouver une multitude d’ebooks, de jeux, d’applications sonores. Qu’allez-vous lui dire ? « Mon chéri, c’est à toi mais dans un quart d’heure tu la rends à maman. » Ou bien : « C’est ta tablette, regarde tout ce que tu veux, maman a des choses à faire » ? Si vous êtes soucieuse du temps que votre enfant passe devant les écrans, comment lui expliquer, devant la tablette que vous lui avez offerte et dont vous louez la qualité des contenus, qu’il ne faut certainement pas en abuser ? La réponse peut être radicale : ne pas acquérir ce genre de tablettes ! Mais chacun fera bien ce qu’il voudra et surtout ce qu’il pourra, comme souvent en matière d’éducation.

Deuxième réserve, plus sérieuse. Avec une tablette offrant un contenu installé d’office, nous courons vers la standardisation. C’est perdre le goût de flâner dans les bibliothèques, les librairies (physiques ou non) et de choisir nous-mêmes ce que nous souhaitons acquérir pour nos enfants. C’est, immanquablement, être rattrapé par le marketing – même si on n’y échappe jamais, nous sommes bien d’accord. Il ne s’agit pas ici d’édition scolaire, de programmes d’éducation. Que les enfants d’une classe aient tous le même manuel d’apprentissage, c’est légitime. Mais qu’ils soient libres ensuite de développer des goûts différents, des approches de la lecture variées, des expériences autres que celles de leurs camarades.
Nous avons, heureusement,  des références communes avec les personnes de la même génération que la nôtre. Les programmes de télévision en offrent un exemple assez caricatural : ne parle-t-on pas de « génération Casimir » à propos des enfants qui regardaient les programmes jeunesse de la fin des années 1970 ? Aujourd’hui l’offre numérique jeunesse n’est pas encore très riche, mais elle donne des signes de créativité, d’ingéniosité. Il est envisageable que tel éditeur nous prescrive une sélection de contenus qu’il aura faite pour nos chérubins ou que tel fabricant fournisse avec sa tablette un « best-of » des livres numériques jeunesse. Mais gardons la curiosité d’aller voir ailleurs, de proposer autre chose de temps en temps. Tous les moyens nous sont donnés pour décider nous-mêmes ce que nous avons envie de mettre sous les yeux de nos enfants, ou non !

 

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