Archives mensuelles : juin 2012

Visite estivale

Un peu de jeunesse, un peu d’auto-promotion, mais exceptionnellement pas question de numérique !

Si vous passez par la Franche-Comté cet été, vous irez – sans aucun doute possible ! – visiter la saline royale d’Arc-et-Senans. Cette manufacture de sel, conçue au siècle des Lumières par Claude Nicolas Ledoux, est un site exceptionnel pour son histoire, pour son architecture, pour l’utopie qui l’a fait naître.
Ne rechignez pas à y aller avec vos enfants, même jeunes : il y a beaucoup d’espace, des jardins thématiques et surtout un carnet visite pour les 6-12 ans (et plus si affinité) ! Un petit guide bien illustré pour tout comprendre sur la saline et jouer à découvrir ce lieu magnifique.

 

 

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Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (3)

De l’éducation nouvelle à la nouvelle éducation ?

L’éducation nouvelle, courant pédagogique mis en pratique à partir du 19e siècle sur le plan international, est toujours d’actualité dans l’enseignement des apprentissages. Les pédagogies Freinet et Montessori sont utilisées dans de nombreuses écoles, même à la maison. Rendre l’enfant actif de sa formation, lui faire explorer ses centres d’intérêts, le sensibiliser aux matières intellectuelles autant qu’à celles plus manuelles ou artistiques participent à un enseignement complet.
Paul Faucher, le créateur du Père Castor, s’inscrit dans ce courant de l’éducation nouvelle au lendemain de la Première Guerre mondiale. Le nom même de “Père Castor” se veut le symbole d’une démarche constructive ; ouvrir les enfants au monde, les emmener sur le “terrain”, mettre à leur disposition des ouvrages à découper, à construire – tels sont les premiers livres du Père Catsor, alors que nous n’en connaissons aujourd’hui que les albums. Paul Faucher participe ainsi à la naissance de la littérature jeunesse.
En effet, au début des années 1930, il existe peu, voire pas, de livres pour les enfants trop petits pour aller à l’école. La littérature est d’abord faite pour les grands, ceux qui savent lire. Et les textes contemporains sont rares ! La parution d’histoires à raconter, où les illustrations prennent une place aussi importante que le texte, est une révolution. La parution de L’histoire de de Babar le petit éléphant, date également de cette période (1931) : le grand format des albums, les illustrations rencontrent un très grand succès. Babar, comme les premiers albums du Père Castor, n’ont aujourd’hui rien perdu de leur notoriété.

Revenons à nos moutons. Il semble que le cœur de l’éducation nouvelle, telle que la prônait, entre autres, Paul Faucher, est l’activité au centre de laquelle se trouve l’enfant. L’exploration physique, sensorielle, et pas seulement intellectuelle, du monde qui l’entoure. Certaines applications interactives pour enfants ne participent-elles pas à cette démarche ? Elles captent son intérêt et permettent à l’enfant de lire, de toucher, d’écouter. Les applications issues de la méthode Montessori sont nombreuses (hasard ?) : la Dictée muette et le Son des lettres en sont deux exemples que vous pouvez tester. L’application 10 doigts de Marbotic, à découvrir sous peu, est prometteuse. On y retrouve la manipulation, l’approche sensorielle. L’accroche de Marbotic ? “Le monde au bout des Doigts !”
La tablette tactile peut se révéler être un outil pédagogique très utile, si tant est que le contenu suit… Et que l’enfant n’est pas passif, loin de là. Le vocabulaire a changé, l’éducation n’est plus active mais interactive ! Les tablettes tactiles ouvrent un champ très large de nouvelles expérimentations pédagogiques. Vont-elles devenir de véritables outils d’enseignement ? Il y a des chances. Allons-nous vers une nouvelle éducation ? Et vers quelle littérature jeunesse ?

Dans tous les sens

Ne nous trompons pas. Ce n’est, à terme, pas la tablette tactile qui attirera les lecteurs vers le livre numérique, mais les nouvelles formes de narration qu’elle ouvre. Le support n’est qu’un moyen, utilisé de différentes manières, selon sa nature, pour accueillir un contenu de textes et d’images. C’est donc la façon dont les tablettes vont être utilisées par les éditeurs de contenu livresque qui convaincra, ou non, parents et enfants.

Une tablette est tenue horizontalement ou verticalement, peut être géolocalisée, accueille des textes dont les caractère peuvent être grossis, espacés, éclairés, des illustrations animées et beaucoup d’autres choses encore. L’écran pourra, un jour, être souple, se plier, se rouler, être glissé dans une poche. Que va-t-on alors lire dessus ? De quelle manière ? Comment toutes les fonctionnalités existantes et à venir vont-elles être explorées ?

Sans tomber dans le divertissement à tout prix qui, selon une étude récente, est plutôt néfaste à une lecture concentrée et compréhensible par les enfants (Actualitté, 7 juin 2012), il est possible de créer des livres pour tablettes, qui perdraient de leur charme sous une forme imprimée. Fli Fli et Flo Flo en est une illustration : deux personnages, deux histoires, l’une se lit à la verticale, l’autre à l’horizontale. Et c’est convaincant ! L’application Renversant ! joue également sur les changements de sens de l’écran pour suivre l’histoire.

Les écrans, quels qu’ils soient, appartiennent à l’univers de nos enfants et c’est peine perdue de tenter de les ignorer. Veillons donc à ce qu’ils accueillent des choses de qualité, une utilité didactique avérée – les fonctionnalités offertes par les tablettes sont convaincantes dans l’apprentissage de la lecture, auprès des enfants dyslexiques notamment.
Veillons à ce que le sens des livres numériques ne soit pas seulement horizontal ou vertical, mais qu’il soit aussi contenu dans les histoires. L’usage pertinent des tablettes auprès des petits en dépend. Aucune supervision éditoriale n’est donc superflue sous prétexte que la technologie prend le dessus.

Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (2)

De l’utilité du livre numérique pour une mère de famille

Mettez-vous dans la peau d’une mère de famille, équipée de trois enfants scolarisés en classes élémentaires, soucieuse d’un bon usage des écrans familiaux et, c’est la très grande majorité, non équipée en tablette tactile. Les enfants ont accès à l’ordinateur familial, connexion à internet coupée, pour faire des jeux – éducatifs cela va de soi ! –, des dessins ou regarder un DVD. Tout cela ayant une durée limitée et déterminée à l’avance. Les bibliothèques de la maison sont bien remplies, la médiathèque municipale est proche, et Maman ne résiste jamais à l’achat de livres pour sa progéniture lorsqu’elle pénètre dans une librairie jeunesse.
Les livres numériques ? Elle en a entendu parler, mais ne s’est pas franchement penchée sur la question, n’ayant de toute façon pas le matériel adapté pour les découvrir. Elle estime, d’autre part, qu’entre les DVD, la télé ou les jeux sur ordinateur, le temps que passent ses enfants devant un écran est largement suffisant, voire saturé. Qu’ils trouvent de quoi lire à volonté sur les étagères de la maison. Que les journées sont bien remplies par l’école, les activités, les devoirs, les copains et que c’est déjà bien compliqué de caser tout ça ! Alors le livre numérique… Un gadget, dont on retarde l’acquisition le plus longtemps possible.
Petite variante. Maman a un smartphone et télécharge dessus des applications pour ses enfants qu’elle leur montre en cas d’attente chez le médecin ou pendant un voyage en voiture de plusieurs heures. Il s’agit principalement de jeux car, après tout, c’est ce qui amuse ses enfants, mais aussi car elle ne connaît pas bien l’offre existante pour la jeunesse et n’a vraiment pas le temps de se lancer dans des recherches en profondeur sur le sujet. Alors le livre numérique…
Dans ces deux cas de figure, notre mère de famille n’en voit pas l’utilité. Les livres numériques ne peuvent pas, pour elle, être laissés à la disposition de leurs enfants, comme on leur abandonne un livre imprimé. Ils n’apportent rien de plus qu’un DVD, n’offrent aucune garantie de qualité, ne font pas le poids devant un album jeunesse papier et ne sont qu’un prétexte face au pouvoir attractif de l’écran. Dit-elle. Maman ajoute aussi que si elle connaissait des prescripteurs fiables, elle se pencherait peut-être sur la question. Car, renchérit-elle, non seulement, l’offre numérique jeunesse n’est pas connue, mais elle est aussi introuvable !

Quelle place donner au livre numérique jeunesse ? Comment en faire un usage pouvant être jugé “utile” par une mère de famille ? Il y a du pain sur la planche. Pour les éditeurs, comme pour les prescripteurs. Ces derniers existent et ont commencé à débroussailler le terrain : la souris grise, Applimini et Declickids, pour ne citer qu’eux, livrent des critiques d’applications jeunesse et s’efforcent de guider les acheteurs dans leur recherche de produits et dans leur approche des écrans. Mais la prescription sur internet ne suffira pas, seule, à vaincre les réticences de la plupart des mamans. Il faudrait imaginer d’autres canaux de découverte et de transmission. Nous allons nous y atteler.

Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (1)

Histoire du soir, bonsoir ?

L’un des premiers objets que les parents partagent avec leur enfant est sans doute le livre. Dans beaucoup de familles, l’histoire du soir est un instant sacré, un rituel, autour duquel on se retrouve, autour duquel on échange souvent de façon plus apaisée qu’à d’autres moments de la journée ! L’histoire du soir, jusqu’à maintenant, c’est aussi un livre imprimé que l’enfant touche, feuillette indéfiniment, qu’il garde sur son lit, ou à côté, avant de s’endormir, qu’il emporte parfois à l’école ou dans son sac quand il voyage. Comme avec un doudou, le tout-petit peut avoir du mal à s’en séparer. L’objet-livre acquiert alors une valeur inestimable, mais son contenu également puisque l’enfant, son livre à la main, vit et revit l’histoire, la raconte aux autres, s’en inspire pour jouer.

Que devient la même histoire lue sur une tablette tactile ? La convivialité est préservée : on peut se réunir autour, en famille, comme autour d’un livre imprimé. Cependant, la lumière sur l’écran, sa taille (parfois plus petite que celle d’un album ouvert) peuvent gêner certains lecteurs. L’image est capable d’offrir du mouvement : on frôle de temps en temps le dessin animé (dans les aventures de Stella et Sacha par exemple). L’histoire a souvent une version audio et peut donc être écoutée (Le cerisier par exemple ou encore Gaspard, le loup qui avait peur du loup). Le récit peut aussi être le résultat d’un jeu, ou être interrompu par un jeu (Les Histoires de lapin). Il a encore quelquefois un rôle didactique d’apprentissage de la lecture : J’adore le jus de rat.
Sur un écran, l’histoire prend ainsi des formes mouvantes et très variées, là où le statut figé du livre imprimé laisse la place à l’imagination… L’imagination, une façon qu’a l’enfant de s’approprier un livre, qu’il perd peut-être quelquefois lorsqu’il se retrouve face à un écran qui lui impose, pour ne donner qu’un exemple, telle voix pour tel personnage.

Mais il ne s’agit pas ici de faire un comparatif des avantages et des inconvénients du livre imprimé face au livre numérique. Il vaut mieux s’interroger sur les usages. La lecture d’une histoire pour enfants sur écran va sans doute modifier les habitudes qui ont été prises avec le livre papier. L’histoire du soir est un moment où l’enfant ne fait rien d’autre qu’écouter. Il s’immerge dans cet instant avant de plonger dans le sommeil. Avec l’écran d’une tablette tactile et son interactivité, va-t-il encore être possible de ne rien faire en écoutant une histoire ? De préserver ce moment d’abandon, de non activité ? Faut-il alors réserver l’usage de la tablette à des moments plus ludiques, plus actifs ? Quelle sorte de lecteurs vont donc devenir nos enfants ? Peut-on s’attacher à un livre numérique comme on peut se lier à l’objet imprimé ? Il est trop tôt pour répondre à ces questions, mais il est temps d’observer et de veiller.