Archives mensuelles : février 2013

Les vedettes de l’écran

Écran n. m. (moyen néerl. sherm, grille). 1. Panneau, dispositif qui arrête, atténue la chaleur, la lumière, etc. 2. Tout objet qui empêche de voir, qui protège. […] 6. Dispositif d’affichage électronique d’images ou de données.” Voici les sens principaux du mot donnés par le Petit Larousse. Dans un sens l’écran cache, protège, dans un autre il montre et affiche. Ce qui, à l’origine, dissimulait, arrêtait la chaleur ou la lumière, désigne aujourd’hui un objet de diffusion (de lumière), d’attraction. Si l’on se protège derrière un écran, total ou non en cette période de sports d’hiver, à quoi s’expose-t-on lorsqu’on est devant ?

Nos enfants y sont. Devant. Et quand on est devant, il n’est pas toujours évident de savoir qui est derrière. En revanche, celui qui est derrière dispose de plus en plus de données pour savoir qui est devant. L’écran n’est plus protecteur mais on s’en protège. Pour autant, on ne s’affole plus devant l’écran ; le diaboliser est, de l’avis général, dépassé. En revanche former nos enfants à ce que l’écran leur montre reste d’actualité. Leur apprendre à voir, à évaluer que ce qu’ils découvrent lorsqu’ils sont devant un écran d’ordinateur ou de tablette, leur faire prendre conscience que le contenu visible a été réalisé par des gens qui sont “derrière”. Que toute personne peut interagir sur ce qui apparaît à l’écran. Qu’eux, enfants, deviennent acteurs devant un écran et qu’ils doivent en mesurer la responsabilité. Que la frontière entre “devant” l’écran et “derrière” l’écran est de plus en plus floue. Les réseaux sociaux, notamment, brouillent les repères : ils permettent d’atteindre les autres à travers l’écran, comme si l’on pouvait y entrer.

Sous la forme d’une tablette ou d’un smartphone, l’écran est omniprésent et devient un vrai caméléon. Il se met dans sa poche, contient toutes les fonctions voulues et prend toutes les apparences que l’on souhaite lui donner. On peut imaginer que l’écran sera un jour transparent aux yeux de nos enfants, qu’il ne sera plus indispensable pour afficher ce (ou ceux) qu’ils souhaitent voir, entendre, rechercher, découvrir. Serons-ils alors exposés à tous les vents, leur œil, leur attention sollicités en permanence – si ce n’est déjà le cas. Où sera le temps où nous installions nos bambins devant un bon vieil écran, protecteur, rassurant…

En attendant, les enfants sont régulièrement les vedettes des études et documents sur les écrans : le rapport 2013 du Défenseur des droits Enfants et écrans : grandir dans le monde numérique, l’avis émis le 7 janvier 2013 par l’Académie des sciences L’enfant et les écrans, un article du journal Le Monde commentant ce dernier avis “Laisser les enfants devant les écrans est préjudiciable”, enfin le sondage effectué par l’institut Viavoice (fin 2012) concernant les pratiques des 9-16 ans sur Internet.

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Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (9)

Hors-pistes

Les éditions Larousse ont réalisé une application pour les 8-12 ans, intéressante tant pour son contenu que pour sa forme : le dictionnaire Larousse junior.

 

Dico Larousse junior

 

 

 

 

 

 

Six entrées au menu : dico, atlas, chrono, conjugaisons, jeux, images. Des définitions d’abord, de noms communs et de noms propres, mais pas seulement. Un atlas pour enfants leur permettant de s’évader de manière tout à fait honorable (outre le Barefoot atlas, je n’en vois pas vraiment d’autres dignes d’intérêt). Une chronologie, pouvant paraître parfois succincte, mais suffisante pour donner des repères à un enfant de primaire. Des tableaux de conjugaison toujours utiles. Des jeux sur les mots, les définitions, les drapeaux, amusants et motivants.

Le Larousse junior apparaît donc un “moteur” de recherches autonome, ludique, qui permet de bondir d’un sujet à l’autre très facilement. Un document que l’on peut consulter partout, en vacances, en voiture, dans une salle d’attente. Qui se promène en emportant un dictionnaire ou une encyclopédie dans son sac ? Et à un prix (5,99 €) défiant toute concurrence imprimée. Un formidable outil pour jouer avec ses enfants car, à l’instar d’un dictionnaire, une fois l’application ouverte, difficile de la refermer…

Certes, cette réalisation numérique ne permet pas d’apprendre à s’orienter dans la somme que peut représenter un dico. Le travail est largement simplifié puisqu’il suffit de saisir le mot que l’on cherche pour en obtenir la définition. Encore faut-il savoir l’orthographier correctement. Faire une recherche dans un dictionnaire imprimé relève d’un autre savoir-faire et ne fait sans doute pas partie des prétentions de cet outil. De la même manière, vous n’utilisez pas votre tablette pour apprendre à votre enfant à faire des puzzles ou à empiler des cubes. Il s’agit d’apprentissages différents, non exclusifs, tout aussi importants les uns que les autres.

Cette application n’est pas non plus exhaustive. Elle prend l’allure d’une encyclopédie sans en être vraiment une. Est-ce si grave dans la mesure où elle s’adresse à des enfants d’âge scolaire (primaire), essentiellement ? Est-ce pour cela que l’on nivelle leurs connaissances par le bas ? Ce n’est pas évident et c’est très subjectif. Certains enfants, en fonction de leur âge, de leur maturité, du sujet abordé et de l’intérêt qu’ils y portent, se contenteront des informations qui sont livrées dans ce dictionnaire, d’autres seront peut-être frustrés. Ceux-là mêmes qui voudraient en savoir davantage laisseront l’application pour d’autres contenus, mais la porte aura été ouverte. Et puis, le jour où votre fils ou votre fille de 10 ans a une recherche à faire sur Victor Hugo, ne préférez-vous pas d’abord lui apprendre à consulter la documentation dont il ou elle dispose à la maison, sous forme de livre imprimé ou d’application de ce type, avant de l’envoyer se perdre dans les méandres d’Internet ?

Pourquoi avoir choisi la forme applicative, par nature fermée, pour éditer ce Larousse junior ? La vocation d’un dictionnaire, d’une encyclopédie, est d’ouvrir les connaissances. On aurait tendance à attendre aujourd’hui de la part d’un tel outil qu’il soit continuellement actualisé, enrichi. Qu’il donne accès à toutes les informations connues sur un sujet ou un autre. Un format différent de l’application, moins lourd, truffé de liens menant au web, serait probablement plus riche, plus dense. Serait-il pour autant adapté aux usages que font les 8 ans et plus d’un dictionnaire, de ce qu’ils y cherchent ? Les enfants utilisateurs ne seraient-ils pas menacés de noyade dans des flots de connaissances qu’ils auraient du mal à maîtriser ? Il s’agit d’une véritable question. À quel âge bascule-t-on ? Un format applicatif fermé est-il pertinent pour l’apport d’informations à vocation encyclopédique destiné à des enfants ?
On peut reprocher au Larousse junior d’avoir un format fermé, totalement contradictoire avec la nature de son contenu, destiné à être ouvert. On peut aussi estimer que c’est tant mieux. Que cela laisse la liberté à chacun d’aller voir ailleurs. De flâner, de s’enrichir comme il l’entend, d’exercer son intuition et son libre-arbitre, de sortir des chemins balisés, des pistes damées et des liens présélectionnés.