Archives pour la catégorie Contenus

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (10)

Faire  des histoires…

Les refaire, les défaire ! C’est ce que permettent aujourd’hui quelques jolies applications pour enfants. Il y a celles qui proposent de choisir les personnages de l’histoire à venir et quelques-unes de leurs caractéristiques : leur couleur par exemple pour Les Histoires de lapin (Europa Apps), leur rôle dans Il était des fois (Valentin Gall et Olivier Castille, iletaitdesfois.fr).

Les histoires de lapin         Il était des fois

 

Avec Les Histoires farfelues (Tralalère), l’enfant peut choisir ses personnages ou toucher le “bouton” Hasard qui, à la manière d’un bandit manchot, sélectionnera les protagonistes pour lui avant d’entreprendre la lecture.

Histoires farfelues

 

 

 

 

Enfin, il y a les applications qui permettent de s’inventer des histoires presque à l’infini. Avec ou sans illustrations, avec ou sans personnages ou accessoires, avec ou sans lecture sonorisée. Mais de belle manière ! Il suffit d’entrer Dans mon rêve (e-Toiles) ou dans Ma petite fabrique à histoires (autrement) et de se laisser prendre au jeu.

Dans mon rêve

fabrique à histoires

 

 

 

 

 

La création ne s’arrêtera sans doute pas en si bon chemin ; les possibilités techniques des tablettes représentant autant de paramètres pouvant servir à la construction, à la modification, au renouvellement d’un récit. On peut imaginer utiliser de nombreux éléments personnels contenus dans une tablette : photos, vidéos, morceaux de musique, textes et autres créations. Mais aussi faire varier le récit en fonction de l’endroit où l’on se trouve, du moment de la journée, du temps qu’il fait et de bien d’autres choses encore.

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Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (9)

Hors-pistes

Les éditions Larousse ont réalisé une application pour les 8-12 ans, intéressante tant pour son contenu que pour sa forme : le dictionnaire Larousse junior.

 

Dico Larousse junior

 

 

 

 

 

 

Six entrées au menu : dico, atlas, chrono, conjugaisons, jeux, images. Des définitions d’abord, de noms communs et de noms propres, mais pas seulement. Un atlas pour enfants leur permettant de s’évader de manière tout à fait honorable (outre le Barefoot atlas, je n’en vois pas vraiment d’autres dignes d’intérêt). Une chronologie, pouvant paraître parfois succincte, mais suffisante pour donner des repères à un enfant de primaire. Des tableaux de conjugaison toujours utiles. Des jeux sur les mots, les définitions, les drapeaux, amusants et motivants.

Le Larousse junior apparaît donc un “moteur” de recherches autonome, ludique, qui permet de bondir d’un sujet à l’autre très facilement. Un document que l’on peut consulter partout, en vacances, en voiture, dans une salle d’attente. Qui se promène en emportant un dictionnaire ou une encyclopédie dans son sac ? Et à un prix (5,99 €) défiant toute concurrence imprimée. Un formidable outil pour jouer avec ses enfants car, à l’instar d’un dictionnaire, une fois l’application ouverte, difficile de la refermer…

Certes, cette réalisation numérique ne permet pas d’apprendre à s’orienter dans la somme que peut représenter un dico. Le travail est largement simplifié puisqu’il suffit de saisir le mot que l’on cherche pour en obtenir la définition. Encore faut-il savoir l’orthographier correctement. Faire une recherche dans un dictionnaire imprimé relève d’un autre savoir-faire et ne fait sans doute pas partie des prétentions de cet outil. De la même manière, vous n’utilisez pas votre tablette pour apprendre à votre enfant à faire des puzzles ou à empiler des cubes. Il s’agit d’apprentissages différents, non exclusifs, tout aussi importants les uns que les autres.

Cette application n’est pas non plus exhaustive. Elle prend l’allure d’une encyclopédie sans en être vraiment une. Est-ce si grave dans la mesure où elle s’adresse à des enfants d’âge scolaire (primaire), essentiellement ? Est-ce pour cela que l’on nivelle leurs connaissances par le bas ? Ce n’est pas évident et c’est très subjectif. Certains enfants, en fonction de leur âge, de leur maturité, du sujet abordé et de l’intérêt qu’ils y portent, se contenteront des informations qui sont livrées dans ce dictionnaire, d’autres seront peut-être frustrés. Ceux-là mêmes qui voudraient en savoir davantage laisseront l’application pour d’autres contenus, mais la porte aura été ouverte. Et puis, le jour où votre fils ou votre fille de 10 ans a une recherche à faire sur Victor Hugo, ne préférez-vous pas d’abord lui apprendre à consulter la documentation dont il ou elle dispose à la maison, sous forme de livre imprimé ou d’application de ce type, avant de l’envoyer se perdre dans les méandres d’Internet ?

Pourquoi avoir choisi la forme applicative, par nature fermée, pour éditer ce Larousse junior ? La vocation d’un dictionnaire, d’une encyclopédie, est d’ouvrir les connaissances. On aurait tendance à attendre aujourd’hui de la part d’un tel outil qu’il soit continuellement actualisé, enrichi. Qu’il donne accès à toutes les informations connues sur un sujet ou un autre. Un format différent de l’application, moins lourd, truffé de liens menant au web, serait probablement plus riche, plus dense. Serait-il pour autant adapté aux usages que font les 8 ans et plus d’un dictionnaire, de ce qu’ils y cherchent ? Les enfants utilisateurs ne seraient-ils pas menacés de noyade dans des flots de connaissances qu’ils auraient du mal à maîtriser ? Il s’agit d’une véritable question. À quel âge bascule-t-on ? Un format applicatif fermé est-il pertinent pour l’apport d’informations à vocation encyclopédique destiné à des enfants ?
On peut reprocher au Larousse junior d’avoir un format fermé, totalement contradictoire avec la nature de son contenu, destiné à être ouvert. On peut aussi estimer que c’est tant mieux. Que cela laisse la liberté à chacun d’aller voir ailleurs. De flâner, de s’enrichir comme il l’entend, d’exercer son intuition et son libre-arbitre, de sortir des chemins balisés, des pistes damées et des liens présélectionnés.

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (8)

Lire et jouer, tout est permis

Un petit retour aux résultats du sondage CSA réalisé pour l’Observatoire Orange – Terrafemina (livrés en septembre dernier). L’une des données intéressante, parmi les réponses obtenues, est que l’acquisition d’applications pour les enfants de moins de 12 ans se développe : 38 % des parents interrogés ont déjà acheté une application pour leur progéniture. 84 % d’entre eux ont acheté une application pour jouer. Vient ensuite l’achat d’applications éducatives (46 %) puis celui d’applications pour lire ou écouter des histoires (36 %).

Les parents, pour la plupart, ont donc, sur leur tablette, une application-jeu pour leur(s) enfant(s). Constat, au premier abord, peu encourageant pour les éditeurs d’applications-livres pour la jeunesse. Il semble que l’utilisation de l’écran par les moins de 12 ans soit inévitablement associée au jeu. Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur mais d’un fait observé. Comment proposer alors un catalogue attractif de livres numériques ? Pour ne pas être en marge face à la densité de l’offre ludique pour les enfants et pour utiliser au mieux l’interactivité permise par les supports que sont les tablettes tactiles, beaucoup d’applications imbriquent, de différentes manières, livre et jeu.

On trouve, en premier lieu, des applications-jeux qui prolongent un livre imprimé existant. C’est bien sûr le cas de Un Jeu (Bayard) d’Hervé Tullet, réalisé à la suite de Un Livre, du même auteur. Joli, amusant, entièrement jeu et non pas livre. Ou encore, réalisé par les éditions volumiques, Balloon Paper App, un jeu constitué d’un livre imprimé et d’une application : la balade d’un ballon en papier sur l’écran d’une tablette.

 

Un jeu                     balloon_021

 

 

 

 

Dans un autre genre, des applications de lecture/écoute d’une histoire proposent des jeux à la fin du récit. On peut citer les livres-applications de la collection Même pas peur (GoodBye Paper Éditions) dont Gaspard, le loup qui avait peur du loup : une histoire et trois jeux (puzzle, memory, méli-mélo) reprenant l’univers du livre.
Il y en a d’autres. Et notamment les applications de l’éditeur Quelle Histoire. Chacune d’entre elles présente un personnage historique à travers une succession de tableaux écoutés ou lus. Divers jeux (quiz, jeu des 7 erreurs, etc.) complètent la découverte. Il existe une version imprimée de ces petites monographies historiques.

 

Gaspard                       De Gaulle

 

 

 

Certaines applications intercalent plusieurs jeux au sein même de l’histoire. Les aventures de Stella et Sacha en font partie. Un intermède ludique intervient à la fin de chaque chapitre. Cependant, rien n’empêche de poursuivre l’écoute si l’on veut passer à la suite du récit.
Il en va de même pour Babel, le chat qui veut être roi.
Le principe est poussé beaucoup plus loin dans La Sorcière sans nom. Les jeux sont alors présentés comme des épreuves qu’il faut surmonter pour pouvoir continuer l’histoire. On bascule franchement de l’application-livre vers l’application-jeu.

 

Stella et Sacha               Babel               La sorcière sans nom

 

 

 

 

Quelques éditeurs encore ont fait de la création même du récit un véritable jeu. Dans mon rêve, par exemple, en divisant l’écran en trois bandes mobiles, indépendamment les unes des autres, permet de créer des illustrations et des histoires, non pas à l’infini mais presque !
Les Histoires de lapin proposent de choisir les protagonistes du conte que l’on veut entendre.
Il en va un peu de même pour Les Histoires farfelues où l’on sélectionne les éléments (quelque peu farfelus) de l’histoire sans savoir quelle mixture va en sortir. Amusant. Construire ou agir sur le cours du récit que l’on va lire ou écouter devient un jeu auquel on se prend facilement.

 

Dans mon rêve

Les histoires de lapin               Histoires farfelues

 

 

 

 

Enfin, il y a tout de même des applications-livres sans jeux, des œuvres numériques à lire ou à écouter uniquement et que seules quelques animations viennent agrémenter. Une légère touche d’interactivité. Elles sont souvent à destination des plus grands, 7-8 ans et plus. Les réalisations de la Souris qui raconte, et notamment à la dernière, Ogre-doux, en sont une illustration.
Mais aussi Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore ou, très différent, Voyage au centre de la Terre.
Une petite dernière née parmi les applications-histoires pour enfants, La princesse aux petits prouts – même si un peu plus interactive – entre sans doute également dans cette catégorie.

 

Ogre-doux               Morris Lessmore

 

 

Voyage au centre de la terre

La princesse aux petits prouts

 

 

 

Sous le format applicatif, les façons de concilier la lecture et le jeu peuvent être assez différentes. D’autres vont émerger encore. Trouver les associations, les complémentarités entre l’imprimé et l’écran, chercher les passerelles entre le livre et le jeu numérique vont sans doute permettre de donner naissance à des réalisations étonnantes, de qualité. Reste maintenant à définir pour quelle cible ? Pour quelle demande ?

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (7)

Florilège

Il est souvent  de coutume, en fin d’année, de faire un bilan des mois écoulés avant d’entrer dans un nouveau cycle. Pour moi, ce sera une sélection des livres numériques qui m’ont marquée, interpellée, étonnée. Pas de choix rationnel, promotionnel ou d’inventaire de Noël mais plutôt des idées retenues, des pistes ouvertes.

Parmi les applications pour les plus petits, je retiens La Sorcière sans nom, pour l’animation ludique et l’utilisation amusante de la tablette qui en découle. Moins pour la qualité littéraire de son contenu qui donne – un peu trop parfois – l’impression que l’histoire sert de prétexte à l’interactivité.

 

La sorcière sans nom

 

 

 

 

 

Parues plus récemment, Les Histoires farfelues produisent des contes à la manière d’un bandit manchot. Un peu frustrant de temps en temps mais drôle et imprévisible sans aucun doute.

 

Histoires farfelues

 

 

 

 

 

J’ai un petit faible pour Ma poire. Une application peut-être pas aussi enthousiasmante que Dans mon rêve, mais de de toute beauté également. Avec le risque de faire rêver davantage les parents que les enfants…

 

Ma poire

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, deux livres, qui ne sont pas des applications mais des créations enrichies au format epub, format encore peu exploré en jeunesse : Francis et la souris verte, une histoire très joliment animée, et Le garçon aux grandes oreilles, un conte traditionnel du Maroc qui fourmille d’explications sur le texte, la langue, le pays. À découvrir !

 

Francis et la souris verte

 

 

 

 

 

 

 

Le garçon aux grandes oreilles

 

 

 

 

 

 

 

Pour les plus grands, cette fois, Conte du haut de mon crâne est pour moi un des livres marquants de cette année. Un texte aux qualités littéraires indéniables, des illustrations en harmonie avec l’histoire. Un beau travail éditorial. Autant d’éléments que l’on trouve encore trop rarement réunis chez les pure-players.

 

Conte crane

 

 

 

 

 

 

Voyage au centre de la Terre est également une réussite. Le texte de Jules Verne n’a plus grand-chose à prouver. En revanche, les animations, les choix interactifs et le graphisme choisis le valorisent certainement.

 

Voyage au centre de la terre

 

 

 

 

 

 

 

Et dans la catégorie documentaire…
Le dinosaure est le troisième titre de la collection “Mes premières découvertes” (Gallimard) à paraître sous forme d’application, après La coccinelle et La forêt. Une belle application, comme les deux précédentes.  L’écran leur va comme un gant.

 

Le dinosaure

 

 

 

 

 

Une autre application a ouvert cette année la voie de l’appli-documentaire : Le corps humain expliqué par Tom. Un exposé “à tiroirs” livrant les informations au fur et à mesure qu’on les ouvre : les explications sont nombreuses et détaillées. Intéressant et bien ficelé.

 

Chocolapps corps humain

 

 

 

 

 

 

Une mention spéciale pour “Jo et moi autour du monde” avec les titres Londres et Paris. Des carnets de découverte des capitales britannique et française, ludiques et interactifs. Sympathiques !

 

Jo et moi

 

 

 

 

 

Et pour finir : le premier numéro de Cramik, une revue jeunesse venue de Belgique pour les enfants lecteurs, proposant des fictions, des blagues, des recettes, des reportages. À suivre. On attend les numéros suivants avec impatience.

 

Cramik

 

 

 

 

 

 

On ne peut que souhaiter longue vie à tous ces livres numériques. À tous ceux que je n’ai pas cités également (je me suis forcée à faire un choix). Et encourager les éditeurs qui se lancent, mais aussi ceux qui se sont déjà jetés à l’eau et qui tiennent le coup depuis quelques années, ou encore ceux qui n’osent pas mais qui, peut-être un jour… En espérant que la cuvée 2013 sera riche en nouvelles découvertes, en nouveaux contenus. Très belles fêtes de fin d’année !

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (6)

Anne, ma sœur Anne…

Une fois de plus, il ne s’agit pas ici de faire des critiques d’applications et d’e-books pour enfants mais d’observer de quelle manière se densifie l’offre de livres numériques pour la jeunesse. En matière d’applications, cette offre s’adresse majoritairement aux plus jeunes, des tout-petits (2 ans, voire même 18 mois) aux lecteurs débutants (7 ans). L’interactivité est alors pleinement justifiée pour des enfants qui ne lisent pas ou à peine, mais qui prennent beaucoup de plaisir à écouter, toucher, jouer. Les parents, pour beaucoup d’entre eux, gardent en mémoire certaines des images de leurs livres de jeunesse. Elles sont souvent associées à des titres en particulier. On peut alors se demander, ce que vont conserver les nouvelles générations de leurs lectures numériques ? Des images certainement, mais aussi peut-être une voix, des sons, des gestes ? Quels types de contenus vont les accompagner jusqu’à l’âge adulte ?

Car pour l’instant, hormis dans la catégorie e-books (et encore, peu de véritables créations), difficile de trouver de quoi alimenter les bons lecteurs, pas encore ados. Disons, les 9-12 ans. Le J’aime Lire Store propose bien, dans son catalogue, des livres pour les 7-12 ans. Il s’agit essentiellement des romans et bandes dessinées issues du magazine J’aime lire. À 9 ans, pourquoi pas. À 12 ans… C’est moins pertinent. À cet âge, pas question d’applications pour les bébés. Mais… toute réflexion faite, ils aimeraient bien aussi avoir leur quota d’interactivité et d’animations ! Alors quoi ?
On perçoit quelques frémissements. Des éditeurs numériques commencent à avancer sur le terrain.

Il y a Studio Troll avec La famille Strudel et Une nuit d’hiver. Des récits accessibles aux bons lecteurs mêlant le fantastique, l’imaginaire où il est question de fées, de lutins et bien sûr de leur univers. Ce monde enchanté, parfois inquiétant, aurait pu être illustré, mais il n’est qu’habilement suggéré, à travers le texte bien sûr, mais surtout à travers l’ambiance sonore, les animations (légères) qui accompagnent la lecture. L’expérience est très intéressante même si les textes auraient besoin de quelques corrections et d’un petit lifting éditorial…

 

          

 

 

 

Dans la même veine, celle de créer un univers autour de textes sans pour autant les illustrer intégralement, on trouve Byook. Trois titres au catalogue : La bande mouchetée (une aventure de Sherlock Holmes), Little Fear et Tara Duncan. La bande mouchetée est très séduisante, les animations qui viennent agrémenter le texte n’interrompent la lecture à aucun moment. En revanche, ne laissez pas Little Fear entre les mains de vos enfants sans avoir regardé cette application auparavant, on frise le film d’horreur…

 

                    

 

 

 

Enfin, il y a l’Apprimerie. Cette toute nouvelle maison d’édition vient de sortir Voyage au centre de la terre, une adaptation interactive du roman de Jules Verne. Et il faut dire que c’est plutôt réussi, tant le contenu que le graphisme. L’application donne à lire, à regarder, à écouter, à toucher. Ce que les grands demandent parfois autant que les petits !

 

 

 

 

Et puis c’est tout ? Il semble, pour aujourd’hui. N’hésitez pas à me signaler tout oubli. Si l’on s’en tient là, c’est très peu. Jules Verne, Conan Doyle… Comme s’il fallait revenir à certains fondamentaux pour réinventer la littérature jeunesse, pour écran cette fois.
Guettons donc la suite. On peut espérer qu’un tas d’autres applications pour les “grands” sont en préparation, que le réjouissant billet d’Étienne Mineur (Ré-enchanter la lecture numérique) et toutes les pistes qu’il ouvre vont donner une multitude d’envies et d’idées aux auteurs, aux éditeurs.
Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ?

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (5)

L’art du funambule

“Il était une fois…” Une histoire, lue, contée, projetée, jouée, reste une histoire avec un début, une intrigue, une quête, une aventure ou autre et un dénouement. Pour les tablettes, on y ajoute aujourd’hui, en plus des illustrations et du contenu textuel, de multiples éléments dont le son, l’animation, l’interactivité et souvent le jeu. Gadgets ou révolution dans la conception des récits pour enfants ?

Il est certain que la conception graphique d’un livre destiné à être lu sur une tablette est un peu différente de celle d’un ouvrage imprimé. Le pli du milieu par exemple, l’intérieur ou l’extérieur de la page s’effacent au profit d’autres repères, d’autres règles de mise en forme. Le texte et la partie illustrée (dessins, photos et autres) sont donc pensés et organisés pour l’écran et non plus pour le papier. Et si l’on enrichit le tout, l’affaire se complique. La conception d’une applications livresque devient presque une production cinématographique faisant appel à des compétences très diverses. L’écran invite ainsi à inventer de nouvelles manières de construire des histoires.

Plusieurs éditeurs se sont déjà lancés, de façon plus ou moins expérimentale. Les trouvailles des éditions volumiques, même si davantage dans le jeu que dans le livre, laissent apercevoir la diversité d’utilisation ludique des tablettes et les connexions possibles entre le papier et l’écran (voir notamment l’application Balloon PaperApp utilisant un livre et iPad).

 

 

 

 

La Souris qui raconte, une maison d’édition numérique, est une des pionnières des histoires pour l’écran. Le catalogue s’organise autour de trois collections. La première : les “histoires à lire” (du son et quelques animations) avec, pour tablettes, La petite musique du monde. La seconde : les “histoires à jouer” (enrichies, interactives), dont  Conte du haut de mon crâne. Enfin, les “histoires à inventer” (des histoires au déroulement différent selon les choix du lecteur) avec la réjouissante ogresse.

 

 

 

 

L’écran permet de mettre en place des histoires à choix multiples avec un peu plus de fluidité que sur le papier. Dans L’ogresse, trois chemins s’offrent à l’enfant pour connaître l’issue de l’histoire. Il peut bien sûr revenir en arrière pour découvrir les deux autres.
D’une manière un peu différente, mais fonctionnant selon le même principe, Les Histoires de lapin d’Europa-Apps font intervenir, comme son titre l’indique, un lapin, que le lecteur personnalise avec la couleur de son choix. Au lecteur ensuite de choisir, à la carte, l’autre protagoniste du récit : un loup, une princesse ou un dragon. Il ne s’agit plus d’une “histoire à jouer”, comme chez la Souris qui raconte,  mais de “jouer à une histoire”. On joue sur les mots ?

 

 

 

 

Parmi ces histoires à choix multiples, on trouve bien sûr les récits dont vous êtes le héros. Notamment ceux de Walrus Books : Le vaisseau du temps et La bibliothèque infernale. Ces récits se prêtent parfaitement au format des e-books, sans illustrations, des liens textuels guidant la lecture.

 

 

 

 

La tablette permet d’inventer de nombreuses déclinaisons d’histoires dont le lecteur peut modifier le cours, les personnages, le décor. La construction de ces histoires peut donc devenir assez complexe selon les options offertes au lecteur.
Impossible de ne pas évoquer Dans mon rêve (e-Toiles éditions), qui fonctionne selon le principe du cadavre exquis et qui permet, à partir de trois bandes de dessins et de phrases, de créer de courts textes et des illustrations. Pas à l’infini mais presque ! De quoi permettre aux petits de s’inventer de véritables histoires.

 

 

 

 

Pour les plus jeunes toujours, l’application Fli Fli et Flo Flo (Ceci n’est pas Éditions) propose deux histoires qui se rejoignent pour ne faire qu’une à la fin. L’histoire de Fli Fli en utilisant sa tablette en positon horizontale, l’histoire de Flo Flo en tenant l’écran à la verticale. Des animations d’une grande sobriété mais une construction de récits exploitant les ressources des écrans des tablettes.

 

 

 

 

 

Enfin, un livre dense, étonnant et unique dans son genre pour l’instant en numérique jeunesse : L’Herbier des Fées (Albin Michel). Un botaniste russe du début du 20e siècle narre, à travers son journal de bord, ses recherches dans la forêt de Brocéliande. Les légendes pour des illustrations prenant l’allure de planches naturalistes, les animations, les incroyables vidéos “d’époque” viennent sans lourdeur habiller l’histoire et plonger le lecteur dans une aventure riche en découvertes.
La façon dont le récit a été conçu, à la fois pour le papier et pour l’écran, n’est pas innovante en soi. En revanche, elle a été exploitée et enrichie pour les tablettes d’une très belle manière. L’équilibre entre l’attention portée au texte et l’attraction des éléments interactifs n’est pas évident à trouver. Plusieurs applications jeunesse pêchent par leur surenchère en animations au détriment de l’histoire, parfois par manque d’un récit solide et construit. On en est loin avec L‘Herbier des Fées. Le sujet et la manière dont il est conté deviennent vite fascinants, même si la tentation de tapoter l’écran à tout bout de champ est grande. D’un bout à l’autre de l’histoire apparaissent de petits tiroirs que l’on peut ouvrir ou pas sans risquer d’altérer le récit. Un numéro de funambule réussi.

 

 

 

 

Un équilibre un peu plus difficile à trouver pour Babel, le chat qui veut être roi (epic). L’histoire pleine de sens, au parfum de conte philosophique, soufre par moments des enrichissements faits pour l’écran. Son découpage – chaque tableau est un chapitre – implique une lecture un peu hachée. On a tendance à passer plus de temps à chercher les animations qu’à s’immerger dans le récit. D’autant plus qu’il faut parfois lire les instructions d’aide pour la manipulation de l’écran, en plus du texte de l’histoire.

 

 

Les applications numériques reprenant les contes traditionnels (celles de Chocolapps par exemple), les histoires que l’on peut trouver dans le J’aime Lire Store rencontreront sans doute toujours de nombreux lecteurs. Les récits lus et relus, transmis depuis quelques générations obtiennent un succès garanti auprès du jeune public. Quelle que soit leur forme finalement. Le fond y est et c’est lui qui compte.
La conception formelle des histoires pour les écran des tablettes est donc différente de celles conçues pour un livre imprimé.
Mais sur le fond, l’entreprise reste la même. Celle des auteurs, des relecteurs, des éditeurs. Que le livre soit imprimé ou numérique (application ou e-book), l’histoire ne peut pas être un prétexte mais doit rester le cœur de tout ce qui gravite autour. Et il en va de même pour le documentaire. Aussi époustouflants soient-ils, tous les enrichissements numériques mis en place ne rattraperont pas un récit qui ne tient pas la route, il manquera l’essentiel. L’écueil inverse est aussi à éviter : ne pas occulter une belle histoire pas trop d’animations. Tout l’art du funambule…

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (4)

Petits nouveaux

En ce début d’année scolaire, des petits nouveaux ont fait leur rentrée sur la scène éditoriale numérique jeunesse. Dans des genres très différents : histoire, ludo-éducatif, documentaire, guide.

L’éditeur Hocusbookus tout d’abord avec une première application : Le marchand de sable. Une application, aux illustrations poétiques très réussies, que l’on pourrait classer dans une rubrique “Histoires pour le soir”. Genre que l’on trouve encore peu dans les applications jeunesse qui demandent souvent beaucoup – trop ? – d’activité aux petits. Une histoire douce et apaisante, mais pas vraiment enthousiasmante. Il est regrettable que le texte ne soit pas à la hauteur du décor.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans une catégorie bien différente Marbotic livre l’application 10 doigts, lauréate des trophées Wouap Doo Apps en juin dernier – voir “De l’éducation nouvelle à la nouvelle éducation”, “Le livre numérique jeunesse : quel usages ? (3)”. Le contenu est avant tout pédagogique, d’une grande simplicité : l’enfant y apprend à compter avec les doigts, posés sur l’écran ! Encore une application pour les petits, c’est vrai, mais innovante et intelligente dans son utilisation de l’écran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les plus grands enfin ! L’éditeur Chocolapps, qui  a déjà une certaine quantité d’applications jeunesse au compteur, se lance dans le documentaire avec Explique-moi Tom : c’est quoi le corps humain ? Le documentaire jeunesse pour les bons lecteurs – et non pour les moins de 6 ans – est un genre encore peu exploré dans l’édition numérique. Et cela manque certainement. Cette application fonctionne bien. L’enfant peut choisir ce qu’il souhaite explorer : les organes, le squelette, les muscles qui compose le corps humain, la manière dont il fonctionne, dont il se défend. L’ensemble des informations réunies est très riche, mais… L’application fait davantage penser à un jeu de plateau (il faut faire tourner une roue pour choisir ce que l’on veut explorer). Il manque un soupçon de cohésion des différents éléments entre eux. Un “fil rouge”, un déroulement logique, un plan, une vue d’ensemble des différents éléments du corps présentés. On ne craque pas non plus pour le graphisme. En tout état de cause, la voie du documentaire est ouverte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, des nouveautés pour tablettes chez La Souris qui Raconte. Après Conte du haut de mon crâne, bienvenue à Thibaut au pays des livres et La petite musique du monde. Ces deux derniers titres faisaient déjà partie du catalogue de l’éditeur, mais n’étaient pas adaptés aux tablettes. Ils sont désormais accessibles dans l’App Store et Google Play. Et c’est tant mieux. Les histoires s’adressent à des enfants âgés d’au moins 8 ans. De beaux récits dans l’ensemble – Thibaut au pays des livres est, à mon sens, un peu moins entraînant –, avec un même souffle de poésie. Un regret : la typographie choisie pour les textes n’est pas toujours adaptée aux jeunes lecteurs. Des caractères un peu compliqués à déchiffrer pour Conte du haut de mon crâne ; des phrases pas toujours faciles à suivre, en raison de leur présentation, dans Thibaut et une police peut-être petite pour La petite musique du monde. Un catalogue néanmoins intéressant, à suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’offre jeunesse continue à s’enrichir, à s’organiser. Des catalogues, des collections naissent. La tablette, pour ses propriétés tactiles, visuelles et sonores, semble être un support particulièrement adapté aux non-lecteurs, auxquels s’adressent une grande partie des applications, mais les plus grands commencent à pouvoir se nourrir. Un peu. Le champ des possibles à explorer est vaste et nous n’en sommes qu’au tout début. Nous n’avons sans doute encore rien vu…