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Signaux de fumée

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Deux constats et c’est l’été (es-tu là ?).

Il semble, outre Atlantique en tout cas, que les e-books connaissent un succès croissant auprès des jeunes lecteurs. Les parents en achètent pour leurs enfants qui y ont un accès de plus en plus facilité, notamment en cette période de migration estivale (Le succès grimpant des eBooks pour enfants, Actualitté 26/06/2013).
L’équipement des foyers s’étoffe, la diabolisation de l’écran semble un combat d’arrière-garde, l’accessibilité aux “produits” numériques s’atomise dans de nombreux lieux – elle ne se fait plus seulement à la maison –, l’utilisation des outils numériques est rentrée dans les habitudes (très rapidement), les usages commencent sans doute à s’installer. Autant de raisons (et sûrement d’autres encore) susceptibles de mettre les livres numériques à portée de main des enfants.

D’autre part, les premières liseuses couleur (8 pouces) arrivent sur le marché (Cnet 08/06/2013). Même si les attentes ne sont pas encore comblées (voir PocketBook Color Lux au Medpi), les initiatives sont intéressantes pour l’avenir du livre jeunesse. Je reste convaincue que les enfants, à partir de 8-9 ans, pourraient trouver leur compte dans la lecture numérique s’ils avaient, pour eux, un support leur permettant de lire et pas seulement de jouer (voir Jeunes liseurs cherchent petites liseuses). À condition que l’offre de contenus suive, bien sûr. La concurrence, pour l’instant, semble venir des petites tablettes 7 pouces pour lesquelles l’enthousiasme pourrait bien être contagieux (PocketBook : tablette Surfpad2 en test).

L’intérêt croissant des jeunes pour les e-books, l’arrivée de nouveaux supports, de plus en plus proches de l’équipement idéal que l’on souhaiterait acquérir pour nos enfants, sont des signaux de fumée encourageants dans l’univers opaque du livre numérique jeunesse. Pour les lecteurs comme pour les éditeurs.

Très bel été !

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Irrésistible ?

Amazon lance, aux États-Unis, un abonnement pour les enfants, le Kindle FreeTime Unlimited (voir aussi Actualitté, 5 décembre 2012). Un abonnement à quoi ? Un accès illimité à l’univers d’Amazon dédié à la jeunesse : livres numériques, films, jeux et autres contenus ludo-éducatifs. Il coûte entre 3 $ et 10 $ par mois selon l’équipement des parents et l’offre choisie (accès pour un seul enfant ou pour la famille). Il faut, bien entendu, posséder une tablette Kindle Fire ou Kindle Fire HD, ou encore Kindle Fire HD8.9. Autrement dit, un équipement plutôt récent. La cible : celle des 3-8 ans. Cela semble logique, c’est pour cette tranche d’âge que les catalogues numériques sont les plus fournis, on l’a déjà dit. La navigation peut bien sûr être contrôlée, paramétrée, limitée par les adultes.

C’est impressionnant. La France n’est pas encore concernée, mais c’est une nouvelle part de marché dont Amazon se saisit. Qui peut résister à cette offre à l’heure où il est déjà assez complexe de choisir des contenus numériques pour ses enfants tant les repères sont flous ? L’abonnement d’Amazon permet justement de ne pas se poser de questions ! Sauf qu’on risque de ne pas s’y retrouver plus qu’avant. À défaut d’acheter un produit en particulier, il faudra bien orienter les enfants vers tel ou tel livre, vers tel ou tel jeu. La tâche menace d’être ardue sans aide, sans prescription. À moins de baisser totalement les bras et de confier à Amazon l’éducation littéraire et ludique de ses enfants… On ne l’abandonnerait pas davantage à Apple, ni à personne d’autre, si une telle offre voyait le jour.

N’entrons pas dans les méandres des formats propriétaires. Ils sont évidemment  contraignants, agressifs commercialement. Avec le lancement de cet abonnement, les fournisseurs de contenus ont un immense rôle à jouer : proposer des livres, des jeux, des animations de bonne et belle qualité. Facile à dire, mais si les éditeurs soucieux de cette qualité ne trouvent pas de modèle économique viable pour créer, diffuser leurs réalisations et pour être visibles, l’aventure risque de tourner court pour eux. Tenir bon et continuer : c’est le souci de beaucoup d’entre eux, en France, aujourd’hui. On en revient toujours à la même question : comment promouvoir une édition innovante et de qualité ?

Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (6)

Franches connexions ?

Quelles sont les passerelles entre le livre imprimé pour la jeunesse et le livre numérique ? La rencontre entre le livre papier et le livre numérique se fait-elle aujourd’hui au sein des librairies jeunesse ? Celles-ci peuvent-elles constituer des lieux de retrouvailles ?

L’un des moyens de faire connaître l’offre numérique des éditeurs jeunesse pourrait être de l’insérer dans les rayons des librairies et des bibliothèques, en faisant ainsi du format numérique un support accepté, un support accessible, pour le contenu d’un livre au même titre que le papier. Difficile à l’heure où le format numérique d’un livre (application ou ePub) est une question matérielle et technique à part entière. À l’heure où il n’est pas transparent puisqu’il est plus ou moins accessible en fonction du type d’équipement que possèdent les lecteurs.

Les livres numériques jeunesse, beaucoup d’applications et un peu moins d’e-books (ePub ou pdf), ne sont présents ni en bibliothèque, ni en librairie — ou alors de manière anecdotique ou encore via quelques sites internet —, à moins d’avoir des équivalents papier.
Il existe en effet quelques connexions entre le numérique et le papier dans la création éditoriale jeunesse. Il ne s’agit pas ici de catalogues imprimés déjà existants qui ont pu être numérisés, mais d’une offre où le papier et le numérique se rejoignent ou se complètent.

Il faut citer, en premier lieu, les éditions volumiques. Cette maison d’édition se présente comme un véritable “laboratoire de recherche sur le livre, le papier et leurs rapports avec les nouvelles technologies”. Et il en va bien ainsi : Ballon PaperApp, par exemple, est un jeu utilisant à la fois un livre et une tablette (iPad).

 

 

 

Quelle histoire, éditeur d’applications historiques pour enfants, imprime désormais ses monographies de personnages historiques. Ses opus sont commercialisés au prix de 5 € (2,99 € pour les applications) dans les librairies du réseau RMN (Réunion des musées nationaux) et dans quelques librairies parisiennes. L’éditeur devrait également se lancer à la conquête des plus grands distributeurs. Louis XIV, Napoléon, Vercingétorix et Jeanne d’Arc sont aujourd’hui disponibles.

 

 

 

Il est enfin impossible de ne pas évoquer Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore (Moonbot Studios). L’histoire, qui a fait l’objet d’un court métrage puis d’une illustre application, existe également sur album imprimé. Mais assez unique dans son genre ! Il est augmenté d’une application, l’Imag•N•O•tron, qui anime, sonorise, lit l’ouvrage lorsque l’on place sa tablette devant l’image… Une réalisation étonnante qui allie le monde de l’animation à celui de l’édition de très belle manière.

 

 

 

La création jeunesse en matière d’applications livresques, voire d’e-books, n’est donc pour l’instant visible en librairie que par les passerelles qui existent entre le papier et le numérique. Les applications seules n’apparaissent que sur le web ou les boutiques d’Apple et de Google. Or, la possibilité de se faire connaître et surtout de vendre ses applications via l’App Store ou Google Play demande des efforts intenses en matière de marketing et de promotion. Ces efforts risquent d’avoir raison de la rentabilité des entreprises d’édition les plus fragiles (voir Casse-tête en attendant Noël) ! L’un des remèdes serait sans doute d’imaginer d’autres solutions pour accueillir l’offre numérique. Certains s’y attachent.

Il y a les prescripteurs d’applications de qualité, dont La Souris Grise. Les commentaires et l’animation faite autour des applis jeunesse, même s’il ne s’agit pas toujours de livres mais aussi de jeux, contribuent certainement à la promotion de ces produits. Il serait intéressant de connaître l’influence de tels prescripteurs sur les ventes d’applications dans un domaine, la jeunesse, où les parents peuvent être avides de conseils et de repères dès qu’il s’agit de nouveautés.

Il y a aussi quelques librairies qui ont des sites web marchands proposant une rubrique “livres numériques”. C’est notamment le cas de leslibraires.fr, de epagine.fr, et d’une librairie belge, La Parenthèse. À un détail près, pas besoin venir dans une librairie pour acquérir ces livres. Donc, encore une fois, une visibilité de l’offre numérique sur la toile, mais pas dans un espace physique où il est possible de faire venir les lecteurs, de présenter, de conseiller, d’échanger.

C’est en cela, même s’il ne s’agit pas de littérature jeunesse, que l’offre numérique de l’éditeur Rue des Promenades est intéressante : pour l’achat d’un livre papier, en librairie, sa version numérique est acquise moyennant 2 € supplémentaires. Encore une piste qui met en place une connexion entre le papier et le numérique. L’éditeur est, notamment, à l’initiative du projet Num@lib pour faire exister le numérique en librairie (voir Actualitté du 22/10/2012 début et suite).

Il y a encore d’autres solutions à inventer pour faire une place à l’offre numérique, pour construire des liens entre les éditeurs purement numériques, les libraires (qui d’autre ?), les lecteurs. Par quel angle attaquer ? Tout simplement en se confrontant aux usages ?

À la page

La Parenthèse, une librairie jeunesse de Liège, a enrichi son site internet d’une page “Livres numériques” (voir Actualitté et Lettres numériques, 24 août 2012). Une sélection commentée d’applications et d’e-books, classés par âge, est présentée dans cette rubrique. Le téléchargement passe par l’Appstore pour les applications et par epagine.fr pour les formats ePub.
L’initiative est louable et laisse espérer que les librairies ne perdent pas pied. Qu’elles tiennent leur rôle de diffusion du livre, quelle que soit sa forme. Il serait intéressant de savoir combien de personnes fréquentant le site de la librairie y téléchargent (même indirectement) une application ou un e-book. Car même si les librairies jeunesse commencent à mettre en ligne leur sélection de livres numériques, des prescripteurs comme La Souris Grise, Applimini ou Declickids, ne les ont pas attendues et ont pris de l’avance. Ces sites proposent déjà depuis quelque temps de télécharger les applications jeunesse présentées sur leur site. Tout est ensuite question de légitimité.
Le véritable changement sera dans l’organisation d’une plate-forme de diffusion de livres numériques – et jeux pourquoi pas – spécialisée en jeunesse. Où l’on pourrait trouver, entre autres choses, une sélection de qualité, des conseils de lecture et de la vente directe.

La librairie peut-elle devenir un espace à la page, où le lecteur trouverait des livres sous toutes leurs formes. Est-il possible de faire exister cet espace – physiquement, virtuellement –, même si une partie des ventes se fait par le biais d’internet via certains poids-lourds marchands ? Comment le rendre à la fois réactif à la demande et attractif pour les conseils et les échanges que l’on y trouve ?
À l’heure où les canaux de transmission se sont diversifiés et, au détriment sans doute des librairies indépendantes, la mise au jour des livres passe par les réseaux, les blogs, les forums, les sites (marchands ou non). Montrer et parler des livres, donner des idées de lecture (connectée ou pas) ne sont donc pas des actions périmées par l’arrivée du numérique, bien au contraire.
Mais alors comment faire des librairies des intermédiaires incontournables dans le développement du numérique ?

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (3)

Du contenu, baby !

Cela n’aura échappé à personne, le journal Le Monde (éditions datées du 19 juin 2012 et du 3 juillet 2012), entre autres, relaie l’information depuis quelques semaines : les fabricants de jouets annoncent une offre alléchante de tablettes numériques destinées aux enfants à partir de 18 mois. À quel prix ? Entre 100 et 200 €, pour les plus onéreuses. Vetch mise sur la vente de 500 000 tablettes pour enfants en 2012 (voir l’étude faite par l’Institut des Mamans sur l’utilisation des smartphones et tablettes par les 1-6 ans).

Quel contenu y trouvera-t-on ? Divertissements déjà intégrés, cartouches de jeux, de vidéo et autres pouvant être ajoutés, possibilité de téléchargement de contenus à partir de l’ordinateur des parents sont quelques-unes des solutions imaginées pour enrichir ces tablettes. Il n’est pas question d’accès à internet pour les produits destinés aux plus petits. Et les livres là-dedans, vont-ils trouver leur place ?

L’offre technologique devance l’offre de contenu livresque jeunesse qui, à quelques exceptions près, ne suit pas. C’est dommage. Les éditeurs “traditionnels” ont des atouts en matière de publications destinées à la jeunesse et disposent d’un savoir-faire que les éditeurs purement numériques n’ont pas obligatoirement. Pourtant, il semble bien que ces pure-players commencent à occuper la place de manière significative. À l’image de ce Conte du haut de mon crâne, édité par la Souris qui raconte, un récit beau et singulier, purement numérique, et en plus destiné aux grands (9 ans au moins), ce qui est rare en matière d’applications jeunesse (voir aussi Cherchez le “documentaire”). La preuve que la qualité, en matière de littérature jeunesse, ne passe pas uniquement par le papier. Ce serait une forme de snobisme de le croire aujourd’hui.

 

 

 

 

 

Le champ est donc grand ouvert pour les éditeurs, avec des risques, certes, mais aussi une liberté qui n’existe sans doute plus dans l’édition imprimée. Sachant que les utilisateurs, une fois, la tablette acquise, ne seraient pas réticents à l’achat de contenus (voir Actualitté : Tablettes : des utilisateurs plus enclins à l’achat de contenus).