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Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (8)

Lire et jouer, tout est permis

Un petit retour aux résultats du sondage CSA réalisé pour l’Observatoire Orange – Terrafemina (livrés en septembre dernier). L’une des données intéressante, parmi les réponses obtenues, est que l’acquisition d’applications pour les enfants de moins de 12 ans se développe : 38 % des parents interrogés ont déjà acheté une application pour leur progéniture. 84 % d’entre eux ont acheté une application pour jouer. Vient ensuite l’achat d’applications éducatives (46 %) puis celui d’applications pour lire ou écouter des histoires (36 %).

Les parents, pour la plupart, ont donc, sur leur tablette, une application-jeu pour leur(s) enfant(s). Constat, au premier abord, peu encourageant pour les éditeurs d’applications-livres pour la jeunesse. Il semble que l’utilisation de l’écran par les moins de 12 ans soit inévitablement associée au jeu. Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur mais d’un fait observé. Comment proposer alors un catalogue attractif de livres numériques ? Pour ne pas être en marge face à la densité de l’offre ludique pour les enfants et pour utiliser au mieux l’interactivité permise par les supports que sont les tablettes tactiles, beaucoup d’applications imbriquent, de différentes manières, livre et jeu.

On trouve, en premier lieu, des applications-jeux qui prolongent un livre imprimé existant. C’est bien sûr le cas de Un Jeu (Bayard) d’Hervé Tullet, réalisé à la suite de Un Livre, du même auteur. Joli, amusant, entièrement jeu et non pas livre. Ou encore, réalisé par les éditions volumiques, Balloon Paper App, un jeu constitué d’un livre imprimé et d’une application : la balade d’un ballon en papier sur l’écran d’une tablette.

 

Un jeu                     balloon_021

 

 

 

 

Dans un autre genre, des applications de lecture/écoute d’une histoire proposent des jeux à la fin du récit. On peut citer les livres-applications de la collection Même pas peur (GoodBye Paper Éditions) dont Gaspard, le loup qui avait peur du loup : une histoire et trois jeux (puzzle, memory, méli-mélo) reprenant l’univers du livre.
Il y en a d’autres. Et notamment les applications de l’éditeur Quelle Histoire. Chacune d’entre elles présente un personnage historique à travers une succession de tableaux écoutés ou lus. Divers jeux (quiz, jeu des 7 erreurs, etc.) complètent la découverte. Il existe une version imprimée de ces petites monographies historiques.

 

Gaspard                       De Gaulle

 

 

 

Certaines applications intercalent plusieurs jeux au sein même de l’histoire. Les aventures de Stella et Sacha en font partie. Un intermède ludique intervient à la fin de chaque chapitre. Cependant, rien n’empêche de poursuivre l’écoute si l’on veut passer à la suite du récit.
Il en va de même pour Babel, le chat qui veut être roi.
Le principe est poussé beaucoup plus loin dans La Sorcière sans nom. Les jeux sont alors présentés comme des épreuves qu’il faut surmonter pour pouvoir continuer l’histoire. On bascule franchement de l’application-livre vers l’application-jeu.

 

Stella et Sacha               Babel               La sorcière sans nom

 

 

 

 

Quelques éditeurs encore ont fait de la création même du récit un véritable jeu. Dans mon rêve, par exemple, en divisant l’écran en trois bandes mobiles, indépendamment les unes des autres, permet de créer des illustrations et des histoires, non pas à l’infini mais presque !
Les Histoires de lapin proposent de choisir les protagonistes du conte que l’on veut entendre.
Il en va un peu de même pour Les Histoires farfelues où l’on sélectionne les éléments (quelque peu farfelus) de l’histoire sans savoir quelle mixture va en sortir. Amusant. Construire ou agir sur le cours du récit que l’on va lire ou écouter devient un jeu auquel on se prend facilement.

 

Dans mon rêve

Les histoires de lapin               Histoires farfelues

 

 

 

 

Enfin, il y a tout de même des applications-livres sans jeux, des œuvres numériques à lire ou à écouter uniquement et que seules quelques animations viennent agrémenter. Une légère touche d’interactivité. Elles sont souvent à destination des plus grands, 7-8 ans et plus. Les réalisations de la Souris qui raconte, et notamment à la dernière, Ogre-doux, en sont une illustration.
Mais aussi Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore ou, très différent, Voyage au centre de la Terre.
Une petite dernière née parmi les applications-histoires pour enfants, La princesse aux petits prouts – même si un peu plus interactive – entre sans doute également dans cette catégorie.

 

Ogre-doux               Morris Lessmore

 

 

Voyage au centre de la terre

La princesse aux petits prouts

 

 

 

Sous le format applicatif, les façons de concilier la lecture et le jeu peuvent être assez différentes. D’autres vont émerger encore. Trouver les associations, les complémentarités entre l’imprimé et l’écran, chercher les passerelles entre le livre et le jeu numérique vont sans doute permettre de donner naissance à des réalisations étonnantes, de qualité. Reste maintenant à définir pour quelle cible ? Pour quelle demande ?

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Horizon 2013 ?

À l’instar de Bayard avec son J’aime Lire Store, une appli-librairie regroupant les contenus numériques jeunesse de Bayard (voir aussi Graines de librairies), Chocolapps a ouvert récemment Le petit monde de Chocolapps, une application regroupant toutes les applis de l’éditeur. Avec, en prime : un volet sur les nouveautés, des infos sur les promos (à condition bien sûr d’accepter de laisser son adresse e-mail pour recevoir les news), des jeux, un concours. Trois critères permettent de faire une sélection des applications proposées : le genre (fille ou garçon), l’âge (une échelle de 0 à 9 ans), le thème (jeu, livre ou découverte). Enfin, pour chaque application sont proposés : un aperçu (YouTube) et des fonctions que je n’ai pu tester à l’heure où j’écris – un “bouton” offrant la possibilité de voir l’application et un lien permettant d’offrir cette app.

 

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Petit monde de Chocolapps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chocolapps a aujourd’hui suffisamment de titres au catalogue pour pouvoir proposer sa propre “librairie” numérique. C’est une première pour un éditeur pure-player. Cela présente l’avantage de présenter toutes ses applications (plus d’une vingtaine) regroupées en un même lieu. Et pour les parents, il est tentant d’y rester plutôt que d’aller s’égarer dans les méandres de l’Appstore à la recherche d’une application pour ses bambins. L’effet collection fonctionne sans doute très bien : si j’ai Cendrillon, pourquoi je n’aurais pas aussi Le chat botté, Blanche-Neige, etc. Les applications Chocolapps sont par ailleurs présentes individuellement dans l’Appstore. La visibilité de l’éditeur est donc double : à travers son “catalogue-magasin” et à travers ses applications. Contrairement au J’aime Lire Store, unique porte d’entrée des contenus de Bayard jeunesse.
La contrepartie de ces applications : enfermer le l’usager dans un univers, dans une marque qu’il aime ou pas. Rassurant pour l’instant, mais qu’en sera-t-il lorsque pour les lecteurs s’ouvriront d’autres horizons…

Il semble en tout cas que l’offre numérique jeunesse commence à s’organiser chez les éditeurs. Car il n’existe encore rien de transversal, pas de “librairie” ni même d’offre groupée proposant une sélection riche et structurée. En espérant que cela viendra. En 2013 ?

Graines de librairies ?

Des sélections de livres numérique jeunesse (applications et e-books) font progressivement leur apparition sous différentes formes. Des applications : J’aime Lire Store, Playtales, Le coffre à histoires. Des sites comme celui de la librairie belge La Parenthèse proposant des livres numériques. Des bibliographies à l’instar de celle établie par le Centre national de la littérature pour le jeunesse (La Joie par les Livres) : “Livres numériques pour la jeunesse”. Sans oublier les présentations faites par des acteurs incontournables, aujourd’hui, dans le conseil et la prescription en matière de livres numériques jeunesse, dont Laure Deschamps et sa Souris Grise. Ces sélections obéissent à des logiques dissemblables, mais mettent en forme une offre numérique jeunesse qui s’enrichit et se diversifie au fil des semaines, voire des jours !

J’aime Lire Store  et Playtales sont des kiosques offrant des ouvrages numériques jeunesse à l’achat. J’aime Lire Store ne diffuse pour l’instant que des titres du groupe Bayard/Milan, près d’une quarantaine dont les prix fluctuent entre 0,79 € et 3,99 €. Pour chaque titre, une couverture, des informations “techniques” et un court résumé. L’application propose une boutique (classement des titres par âge) et une bibliothèque que l’on constitue donc soi-même avec les histoires achetées. L’initiative est intéressante car la première du genre de la part d’un éditeur papier, mais elle n’est pas très téméraire. Et surtout, elle ne présente pas d’autres titres que les titres “maison”. Donc pas de sélection, pas de hiérarchisation, peu de mise en avant, comme une librairie pourrait le faire.

 

 

 

 

 

 

Playtales a choisi de prendre l’appellation de “librairie” et met dans ses “rayons” une centaine de contes, vendus entre 0,79 € et 2,39 € chacun. Une couverture, un résumé, un avis sur le thème – ce que peut apporter l’histoire aux lecteurs – et sur le traitement – illustrations, effets interactifs –, des captures d’écran sont les informations données pour chaque “livre”. Deux millions de famille à travers le monde s’émerveillerait déjà grâce au catalogue de Playtales. L’application, dans son apparence, donne une idée de ce que pourrait être une librairie numérique spécialisée dans le livre jeunesse : une boutique, une bibliothèque, un classement en fonction de la popularité des titres, une mise en avant des nouveautés et encore quelques subtilités. La forme y est donc, mais pas le fond. Les titres proposés semblent être des livres numérisés libres de droit – dans un certain nombre de cas, l’auteur n’apparaît même pas. Leurs contenus sont, certes, universels mais ne feront pas rêver les amateurs un peu éclairés de lecture pour la jeunesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une librairie physique cette fois, La Parenthèse à Liège, a ajouté une page sur son site internet pour présenter une sélection de livres numériques (applications et e-books). La vente n’est pas directe et passe par l’intermédiaire de l’AppStore pour les applis et d’ePagine pour les autres formats. Il y a une présentation, un choix, un espace consacré aux livres numériques par le libraire. On attend la suite de l’aventure avec impatience…

 

 

 

 

Dans un autre genre enfin, existe le Coffre à histoires de La Grande Récré. Il s’agit d’une application gratuite contenant six histoires pour les enfants (gratuites également). Six histoires à lire ou à écouter, aux animations assez sommaires et sans interactivité. Un avant-goût des applications que l’on trouvera pré-installées sur les tablettes pour enfants tant attendues à Noël ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au fur et à mesure que l’offre numérique jeunesse en matière de livres s’étoffe et se diversifie, les idées de librairie spécialisée germent sans doute à droite et à gauche. Qui va se lancer ? Des volontaires ? Le défi est immense, la tâche est ardue mais passionnante.

Bayard, sans peur ?

Bayard Éditions, avec sa marque J’aime lire, « donne le goût de lire aux enfants, éveille et stimule leur imagination » depuis plus de 35 ans… Ne crachons pas dans la soupe. Les magazines jeunesse du groupe Bayard, auquel il faut ajouter depuis quelques années ceux de Milan, flanqués de leurs héros (Tom-Tom et Nana, Petit Ours Brun, Mimi Cracra et les autres), ont fait rêver deux générations d’enfants. La première d’entre elles – celle qui abonne aujourd’hui ses bambins à Pomme d’Api ou Astrapi en se rappelant de bons moments de lecture – considère encore Bayard comme un éditeur de qualité, proposant une presse de bon goût, essentielle à l’éveil, au jeu, à l’imagination des petits. On en pensera ce qu’on voudra, le sujet n’est pas là.

De la part de cet éditeur maîtrisant si bien la création et le contenu graphiques et littéraires pour enfant, on attend qu’il s’engouffre dans le vent et propose une offre novatrice dans le domaine du numérique. Pourtant, à l’heure actuelle, il n’en est rien. Le J’aime Lire Store, une application lancée en février dernier, déçoit. On y trouve du neuf fait avec du vieux. Une numérisation de titres déjà parus. Des éléments de confort et d’habillage (marque-page, badge « J’ai tout lu » par exemple) ont bien sûr été ajoutés, mais ils n’apportent rien d’essentiel. Pas de quoi révolutionner la lecture, ni de quoi convaincre papa et maman d’abandonner leur tablette dans les mains de leurs chérubins. D’autant plus lorsque ces derniers ont déjà dans leur chambre la version imprimée (voire le CD) des histoires numérisées.

Certes, les missions du numérique que sont la facilité de stockage et le transport sont ici pleinement accomplies, mais on aurait aimé un peu plus d’ambition, d’innovation de la part d’un éditeur bénéficiant d’un très grand nombre d’abonnés et disposant donc d’un réseau de lecteurs, d’un marché potentiel qui rendrait jaloux n’importe quel éditeur pure-player…