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Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (6)

Franches connexions ?

Quelles sont les passerelles entre le livre imprimé pour la jeunesse et le livre numérique ? La rencontre entre le livre papier et le livre numérique se fait-elle aujourd’hui au sein des librairies jeunesse ? Celles-ci peuvent-elles constituer des lieux de retrouvailles ?

L’un des moyens de faire connaître l’offre numérique des éditeurs jeunesse pourrait être de l’insérer dans les rayons des librairies et des bibliothèques, en faisant ainsi du format numérique un support accepté, un support accessible, pour le contenu d’un livre au même titre que le papier. Difficile à l’heure où le format numérique d’un livre (application ou ePub) est une question matérielle et technique à part entière. À l’heure où il n’est pas transparent puisqu’il est plus ou moins accessible en fonction du type d’équipement que possèdent les lecteurs.

Les livres numériques jeunesse, beaucoup d’applications et un peu moins d’e-books (ePub ou pdf), ne sont présents ni en bibliothèque, ni en librairie — ou alors de manière anecdotique ou encore via quelques sites internet —, à moins d’avoir des équivalents papier.
Il existe en effet quelques connexions entre le numérique et le papier dans la création éditoriale jeunesse. Il ne s’agit pas ici de catalogues imprimés déjà existants qui ont pu être numérisés, mais d’une offre où le papier et le numérique se rejoignent ou se complètent.

Il faut citer, en premier lieu, les éditions volumiques. Cette maison d’édition se présente comme un véritable “laboratoire de recherche sur le livre, le papier et leurs rapports avec les nouvelles technologies”. Et il en va bien ainsi : Ballon PaperApp, par exemple, est un jeu utilisant à la fois un livre et une tablette (iPad).

 

 

 

Quelle histoire, éditeur d’applications historiques pour enfants, imprime désormais ses monographies de personnages historiques. Ses opus sont commercialisés au prix de 5 € (2,99 € pour les applications) dans les librairies du réseau RMN (Réunion des musées nationaux) et dans quelques librairies parisiennes. L’éditeur devrait également se lancer à la conquête des plus grands distributeurs. Louis XIV, Napoléon, Vercingétorix et Jeanne d’Arc sont aujourd’hui disponibles.

 

 

 

Il est enfin impossible de ne pas évoquer Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore (Moonbot Studios). L’histoire, qui a fait l’objet d’un court métrage puis d’une illustre application, existe également sur album imprimé. Mais assez unique dans son genre ! Il est augmenté d’une application, l’Imag•N•O•tron, qui anime, sonorise, lit l’ouvrage lorsque l’on place sa tablette devant l’image… Une réalisation étonnante qui allie le monde de l’animation à celui de l’édition de très belle manière.

 

 

 

La création jeunesse en matière d’applications livresques, voire d’e-books, n’est donc pour l’instant visible en librairie que par les passerelles qui existent entre le papier et le numérique. Les applications seules n’apparaissent que sur le web ou les boutiques d’Apple et de Google. Or, la possibilité de se faire connaître et surtout de vendre ses applications via l’App Store ou Google Play demande des efforts intenses en matière de marketing et de promotion. Ces efforts risquent d’avoir raison de la rentabilité des entreprises d’édition les plus fragiles (voir Casse-tête en attendant Noël) ! L’un des remèdes serait sans doute d’imaginer d’autres solutions pour accueillir l’offre numérique. Certains s’y attachent.

Il y a les prescripteurs d’applications de qualité, dont La Souris Grise. Les commentaires et l’animation faite autour des applis jeunesse, même s’il ne s’agit pas toujours de livres mais aussi de jeux, contribuent certainement à la promotion de ces produits. Il serait intéressant de connaître l’influence de tels prescripteurs sur les ventes d’applications dans un domaine, la jeunesse, où les parents peuvent être avides de conseils et de repères dès qu’il s’agit de nouveautés.

Il y a aussi quelques librairies qui ont des sites web marchands proposant une rubrique “livres numériques”. C’est notamment le cas de leslibraires.fr, de epagine.fr, et d’une librairie belge, La Parenthèse. À un détail près, pas besoin venir dans une librairie pour acquérir ces livres. Donc, encore une fois, une visibilité de l’offre numérique sur la toile, mais pas dans un espace physique où il est possible de faire venir les lecteurs, de présenter, de conseiller, d’échanger.

C’est en cela, même s’il ne s’agit pas de littérature jeunesse, que l’offre numérique de l’éditeur Rue des Promenades est intéressante : pour l’achat d’un livre papier, en librairie, sa version numérique est acquise moyennant 2 € supplémentaires. Encore une piste qui met en place une connexion entre le papier et le numérique. L’éditeur est, notamment, à l’initiative du projet Num@lib pour faire exister le numérique en librairie (voir Actualitté du 22/10/2012 début et suite).

Il y a encore d’autres solutions à inventer pour faire une place à l’offre numérique, pour construire des liens entre les éditeurs purement numériques, les libraires (qui d’autre ?), les lecteurs. Par quel angle attaquer ? Tout simplement en se confrontant aux usages ?

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Graines de librairies ?

Des sélections de livres numérique jeunesse (applications et e-books) font progressivement leur apparition sous différentes formes. Des applications : J’aime Lire Store, Playtales, Le coffre à histoires. Des sites comme celui de la librairie belge La Parenthèse proposant des livres numériques. Des bibliographies à l’instar de celle établie par le Centre national de la littérature pour le jeunesse (La Joie par les Livres) : “Livres numériques pour la jeunesse”. Sans oublier les présentations faites par des acteurs incontournables, aujourd’hui, dans le conseil et la prescription en matière de livres numériques jeunesse, dont Laure Deschamps et sa Souris Grise. Ces sélections obéissent à des logiques dissemblables, mais mettent en forme une offre numérique jeunesse qui s’enrichit et se diversifie au fil des semaines, voire des jours !

J’aime Lire Store  et Playtales sont des kiosques offrant des ouvrages numériques jeunesse à l’achat. J’aime Lire Store ne diffuse pour l’instant que des titres du groupe Bayard/Milan, près d’une quarantaine dont les prix fluctuent entre 0,79 € et 3,99 €. Pour chaque titre, une couverture, des informations “techniques” et un court résumé. L’application propose une boutique (classement des titres par âge) et une bibliothèque que l’on constitue donc soi-même avec les histoires achetées. L’initiative est intéressante car la première du genre de la part d’un éditeur papier, mais elle n’est pas très téméraire. Et surtout, elle ne présente pas d’autres titres que les titres “maison”. Donc pas de sélection, pas de hiérarchisation, peu de mise en avant, comme une librairie pourrait le faire.

 

 

 

 

 

 

Playtales a choisi de prendre l’appellation de “librairie” et met dans ses “rayons” une centaine de contes, vendus entre 0,79 € et 2,39 € chacun. Une couverture, un résumé, un avis sur le thème – ce que peut apporter l’histoire aux lecteurs – et sur le traitement – illustrations, effets interactifs –, des captures d’écran sont les informations données pour chaque “livre”. Deux millions de famille à travers le monde s’émerveillerait déjà grâce au catalogue de Playtales. L’application, dans son apparence, donne une idée de ce que pourrait être une librairie numérique spécialisée dans le livre jeunesse : une boutique, une bibliothèque, un classement en fonction de la popularité des titres, une mise en avant des nouveautés et encore quelques subtilités. La forme y est donc, mais pas le fond. Les titres proposés semblent être des livres numérisés libres de droit – dans un certain nombre de cas, l’auteur n’apparaît même pas. Leurs contenus sont, certes, universels mais ne feront pas rêver les amateurs un peu éclairés de lecture pour la jeunesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une librairie physique cette fois, La Parenthèse à Liège, a ajouté une page sur son site internet pour présenter une sélection de livres numériques (applications et e-books). La vente n’est pas directe et passe par l’intermédiaire de l’AppStore pour les applis et d’ePagine pour les autres formats. Il y a une présentation, un choix, un espace consacré aux livres numériques par le libraire. On attend la suite de l’aventure avec impatience…

 

 

 

 

Dans un autre genre enfin, existe le Coffre à histoires de La Grande Récré. Il s’agit d’une application gratuite contenant six histoires pour les enfants (gratuites également). Six histoires à lire ou à écouter, aux animations assez sommaires et sans interactivité. Un avant-goût des applications que l’on trouvera pré-installées sur les tablettes pour enfants tant attendues à Noël ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au fur et à mesure que l’offre numérique jeunesse en matière de livres s’étoffe et se diversifie, les idées de librairie spécialisée germent sans doute à droite et à gauche. Qui va se lancer ? Des volontaires ? Le défi est immense, la tâche est ardue mais passionnante.

À la page

La Parenthèse, une librairie jeunesse de Liège, a enrichi son site internet d’une page “Livres numériques” (voir Actualitté et Lettres numériques, 24 août 2012). Une sélection commentée d’applications et d’e-books, classés par âge, est présentée dans cette rubrique. Le téléchargement passe par l’Appstore pour les applications et par epagine.fr pour les formats ePub.
L’initiative est louable et laisse espérer que les librairies ne perdent pas pied. Qu’elles tiennent leur rôle de diffusion du livre, quelle que soit sa forme. Il serait intéressant de savoir combien de personnes fréquentant le site de la librairie y téléchargent (même indirectement) une application ou un e-book. Car même si les librairies jeunesse commencent à mettre en ligne leur sélection de livres numériques, des prescripteurs comme La Souris Grise, Applimini ou Declickids, ne les ont pas attendues et ont pris de l’avance. Ces sites proposent déjà depuis quelque temps de télécharger les applications jeunesse présentées sur leur site. Tout est ensuite question de légitimité.
Le véritable changement sera dans l’organisation d’une plate-forme de diffusion de livres numériques – et jeux pourquoi pas – spécialisée en jeunesse. Où l’on pourrait trouver, entre autres choses, une sélection de qualité, des conseils de lecture et de la vente directe.

La librairie peut-elle devenir un espace à la page, où le lecteur trouverait des livres sous toutes leurs formes. Est-il possible de faire exister cet espace – physiquement, virtuellement –, même si une partie des ventes se fait par le biais d’internet via certains poids-lourds marchands ? Comment le rendre à la fois réactif à la demande et attractif pour les conseils et les échanges que l’on y trouve ?
À l’heure où les canaux de transmission se sont diversifiés et, au détriment sans doute des librairies indépendantes, la mise au jour des livres passe par les réseaux, les blogs, les forums, les sites (marchands ou non). Montrer et parler des livres, donner des idées de lecture (connectée ou pas) ne sont donc pas des actions périmées par l’arrivée du numérique, bien au contraire.
Mais alors comment faire des librairies des intermédiaires incontournables dans le développement du numérique ?