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Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (4)

Ça s’lit, ça s’mange ? 

Pas évident de trouver son chemin dans le maquis des applications jeunesse entre ce qu’on peut appeler un livre et le reste, assez mouvant, pouvant être – ou ne pas être… – livre animé, jeu avec texte, contenu interactif en tout genre qu’on ne peut catégoriser à l’aide de nos repères habituels. Les frontières sont floues, les passerelles entre l’animation, la lecture, le son, le jeu sont nombreuses et les combinaisons possibles d’une grande variété.
Alors plutôt que de chercher à établir désespérément un classement par genre, tentons un classement par usage. La question semble simple : à quelle attente le contenu publié répond-il ? En d’autres termes, les applications que nous présentons à nos enfants dépendent-elles du moment de la journée, de l’activité en cours ? Répondent-elles à un besoin à un instant donné ?

1er usage : l’attente
L’attente est souvent un prétexte pour présenter des applications notamment aux enfants de 3 ans et moins. En effet, on ne laisse pas sa tablette dans les menottes de son rejeton de 2 ans ; l’usage fait en sa compagnie reste donc très limité et finalement peu varié. En toute bonne foi, avouez qu’il s’agit souvent d’un recours pour le faire patienter 10 minutes en l’installant sur vos genoux dans une salle d’attente ou le temps de répondre à un mail de la plus haute importance ou de finir une conversation téléphonique… Le succès est garanti avec, par exemple : Une jolie ferme, Dans mon rêve, Un jeu, Les jeux du livre des bruits, Vehicles (My First App).

                    

 

 

 

          

 

 

2e usage : quand j’sais pas quoi faire…
“J’sais pas quoi faire… J’peux faire de l’iPad ?”, est-il possible d’entendre parfois comme si “faire de l’iPad” constituait un objectif en soi. On n’est pas loin de l’attente, version 6-8 ans. Vos enfants tournent en rond parfois entre midi et deux, les jours d’école, trouvent le temps long en voiture ou dans le train et se disent que la tablette serait un bon remède à leur ennui. Vous craquez mais en jurant bien qu’il est hors de question qu’ils s’amusent avec n’importe quelle appli à un moment où il s’agit tout de même de rester calme, de ne pas les abrutir. On peut alors imaginer que vous allez présélectionner les applications qu’ils pourront ouvrir : des histoires à lire ou à écouter (Babel, Apolline et Léon, Les trois petits cochons, Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore, La petite musique du monde), des documentaires courts (La coccinelle, Napoléon, Joue avec Cézanne, Barefoot Atlas), des applications musicales (Le Carnaval des animaux ou Les 4 saisons d’Antoine). À défaut de lire véritablement – et encore, ça se discute –, de quoi les divertir à plusieurs sans les énerver, tout en se donnant bonne conscience !

 

                    

 

 

 

          

 

 

 

          

 

 

 

          

 

 

 

          

 

 

 

 

3e usage : pour les apprentis
Apprentis lecteurs, apprentis comptables, plusieurs applications sont faites pour vous. Et bien faites ! Hormis l’effet de la nouveauté, la tablette se révèle être un support très ludique pour les apprentissages. Ou comment faire travailler vos enfants sans qu’ils s’en rendent compte. Ce n’est pas un hasard si plusieurs applications issues ou inspirées de la méthode Montessori ont vu le jour. Trop chouette d’apprendre à lire, à écrire (Le son des lettres, la Dictée Montessori, Dessin’écrire) ou à compter (10 doigts, Numberland, Geometry) ! Il en va de même pour les cahiers de vacances (Passeport pour… Hachette) qui, tout d’un coup, regagnent en intérêt auprès de vos bambins. En revanche, c’est un peu le désert pour les plus grands. On ne rigole plus avec les apprentissages après 10 ans !

 

          

          

 
          

 

 

 

 

 

4e usage : j’ai rien à lire
Vous êtes loin de chez vous, en vacances, en déplacement et, catastrophe, vous avez oublié de glisser dans votre sac quelques bouquins pour vos enfants. Mais vous avez votre tablette ! Sur laquelle vous trouverez de quoi leur lire une histoire le soir et même de quoi “nourrir” les plus grands si vous consentez à leur laisser votre appareil. Le marchand de sable, Gaspard le loup qui avait peur du loup, Fli Fli et Flo Flo et tout ce que vous pouvez trouver sur le J’aime Lire Store sont quelques exemples d’histoires sans interactivité perturbant la lecture aux plus jeunes. En revanche, si ce n’est Conte du haut de mon crâne et Une nuit d’hiver, peu d’applications-livres existent pour les bons lecteurs qui trouveront peut-être davantage à leur goût Les Pâtacolors j’adore ! ou Comment je suis devenue enquêteuse pour ne citer qu’une toute petite partie des e-books disponibles.

 

          

 

 

          

 

                    

 

 

Et après ?
Il y a tout le reste. Tous les moments improvisés ou non, appartenant à chacun, pouvant devenir des instants de lecture, de découverte. Les usages et les manipulations des applis-livres jeunesse sont aujourd’hui guidés par la façon dont nous utilisons les écrans avec nos enfants car le support ne disparaît pas encore derrière le contenu. Mais cela va-t-il perdurer ? Dévorer des livres, c’est bon pour la santé. Encourage-t-on avec le même enthousiasme nos enfants à lire sur un écran ?

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Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (4)

Petits nouveaux

En ce début d’année scolaire, des petits nouveaux ont fait leur rentrée sur la scène éditoriale numérique jeunesse. Dans des genres très différents : histoire, ludo-éducatif, documentaire, guide.

L’éditeur Hocusbookus tout d’abord avec une première application : Le marchand de sable. Une application, aux illustrations poétiques très réussies, que l’on pourrait classer dans une rubrique “Histoires pour le soir”. Genre que l’on trouve encore peu dans les applications jeunesse qui demandent souvent beaucoup – trop ? – d’activité aux petits. Une histoire douce et apaisante, mais pas vraiment enthousiasmante. Il est regrettable que le texte ne soit pas à la hauteur du décor.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans une catégorie bien différente Marbotic livre l’application 10 doigts, lauréate des trophées Wouap Doo Apps en juin dernier – voir “De l’éducation nouvelle à la nouvelle éducation”, “Le livre numérique jeunesse : quel usages ? (3)”. Le contenu est avant tout pédagogique, d’une grande simplicité : l’enfant y apprend à compter avec les doigts, posés sur l’écran ! Encore une application pour les petits, c’est vrai, mais innovante et intelligente dans son utilisation de l’écran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les plus grands enfin ! L’éditeur Chocolapps, qui  a déjà une certaine quantité d’applications jeunesse au compteur, se lance dans le documentaire avec Explique-moi Tom : c’est quoi le corps humain ? Le documentaire jeunesse pour les bons lecteurs – et non pour les moins de 6 ans – est un genre encore peu exploré dans l’édition numérique. Et cela manque certainement. Cette application fonctionne bien. L’enfant peut choisir ce qu’il souhaite explorer : les organes, le squelette, les muscles qui compose le corps humain, la manière dont il fonctionne, dont il se défend. L’ensemble des informations réunies est très riche, mais… L’application fait davantage penser à un jeu de plateau (il faut faire tourner une roue pour choisir ce que l’on veut explorer). Il manque un soupçon de cohésion des différents éléments entre eux. Un “fil rouge”, un déroulement logique, un plan, une vue d’ensemble des différents éléments du corps présentés. On ne craque pas non plus pour le graphisme. En tout état de cause, la voie du documentaire est ouverte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, des nouveautés pour tablettes chez La Souris qui Raconte. Après Conte du haut de mon crâne, bienvenue à Thibaut au pays des livres et La petite musique du monde. Ces deux derniers titres faisaient déjà partie du catalogue de l’éditeur, mais n’étaient pas adaptés aux tablettes. Ils sont désormais accessibles dans l’App Store et Google Play. Et c’est tant mieux. Les histoires s’adressent à des enfants âgés d’au moins 8 ans. De beaux récits dans l’ensemble – Thibaut au pays des livres est, à mon sens, un peu moins entraînant –, avec un même souffle de poésie. Un regret : la typographie choisie pour les textes n’est pas toujours adaptée aux jeunes lecteurs. Des caractères un peu compliqués à déchiffrer pour Conte du haut de mon crâne ; des phrases pas toujours faciles à suivre, en raison de leur présentation, dans Thibaut et une police peut-être petite pour La petite musique du monde. Un catalogue néanmoins intéressant, à suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’offre jeunesse continue à s’enrichir, à s’organiser. Des catalogues, des collections naissent. La tablette, pour ses propriétés tactiles, visuelles et sonores, semble être un support particulièrement adapté aux non-lecteurs, auxquels s’adressent une grande partie des applications, mais les plus grands commencent à pouvoir se nourrir. Un peu. Le champ des possibles à explorer est vaste et nous n’en sommes qu’au tout début. Nous n’avons sans doute encore rien vu…