Archives du mot-clé librairie jeunesse

Graines de librairies ?

Des sélections de livres numérique jeunesse (applications et e-books) font progressivement leur apparition sous différentes formes. Des applications : J’aime Lire Store, Playtales, Le coffre à histoires. Des sites comme celui de la librairie belge La Parenthèse proposant des livres numériques. Des bibliographies à l’instar de celle établie par le Centre national de la littérature pour le jeunesse (La Joie par les Livres) : “Livres numériques pour la jeunesse”. Sans oublier les présentations faites par des acteurs incontournables, aujourd’hui, dans le conseil et la prescription en matière de livres numériques jeunesse, dont Laure Deschamps et sa Souris Grise. Ces sélections obéissent à des logiques dissemblables, mais mettent en forme une offre numérique jeunesse qui s’enrichit et se diversifie au fil des semaines, voire des jours !

J’aime Lire Store  et Playtales sont des kiosques offrant des ouvrages numériques jeunesse à l’achat. J’aime Lire Store ne diffuse pour l’instant que des titres du groupe Bayard/Milan, près d’une quarantaine dont les prix fluctuent entre 0,79 € et 3,99 €. Pour chaque titre, une couverture, des informations “techniques” et un court résumé. L’application propose une boutique (classement des titres par âge) et une bibliothèque que l’on constitue donc soi-même avec les histoires achetées. L’initiative est intéressante car la première du genre de la part d’un éditeur papier, mais elle n’est pas très téméraire. Et surtout, elle ne présente pas d’autres titres que les titres “maison”. Donc pas de sélection, pas de hiérarchisation, peu de mise en avant, comme une librairie pourrait le faire.

 

 

 

 

 

 

Playtales a choisi de prendre l’appellation de “librairie” et met dans ses “rayons” une centaine de contes, vendus entre 0,79 € et 2,39 € chacun. Une couverture, un résumé, un avis sur le thème – ce que peut apporter l’histoire aux lecteurs – et sur le traitement – illustrations, effets interactifs –, des captures d’écran sont les informations données pour chaque “livre”. Deux millions de famille à travers le monde s’émerveillerait déjà grâce au catalogue de Playtales. L’application, dans son apparence, donne une idée de ce que pourrait être une librairie numérique spécialisée dans le livre jeunesse : une boutique, une bibliothèque, un classement en fonction de la popularité des titres, une mise en avant des nouveautés et encore quelques subtilités. La forme y est donc, mais pas le fond. Les titres proposés semblent être des livres numérisés libres de droit – dans un certain nombre de cas, l’auteur n’apparaît même pas. Leurs contenus sont, certes, universels mais ne feront pas rêver les amateurs un peu éclairés de lecture pour la jeunesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une librairie physique cette fois, La Parenthèse à Liège, a ajouté une page sur son site internet pour présenter une sélection de livres numériques (applications et e-books). La vente n’est pas directe et passe par l’intermédiaire de l’AppStore pour les applis et d’ePagine pour les autres formats. Il y a une présentation, un choix, un espace consacré aux livres numériques par le libraire. On attend la suite de l’aventure avec impatience…

 

 

 

 

Dans un autre genre enfin, existe le Coffre à histoires de La Grande Récré. Il s’agit d’une application gratuite contenant six histoires pour les enfants (gratuites également). Six histoires à lire ou à écouter, aux animations assez sommaires et sans interactivité. Un avant-goût des applications que l’on trouvera pré-installées sur les tablettes pour enfants tant attendues à Noël ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au fur et à mesure que l’offre numérique jeunesse en matière de livres s’étoffe et se diversifie, les idées de librairie spécialisée germent sans doute à droite et à gauche. Qui va se lancer ? Des volontaires ? Le défi est immense, la tâche est ardue mais passionnante.

Publicités

À la page

La Parenthèse, une librairie jeunesse de Liège, a enrichi son site internet d’une page “Livres numériques” (voir Actualitté et Lettres numériques, 24 août 2012). Une sélection commentée d’applications et d’e-books, classés par âge, est présentée dans cette rubrique. Le téléchargement passe par l’Appstore pour les applications et par epagine.fr pour les formats ePub.
L’initiative est louable et laisse espérer que les librairies ne perdent pas pied. Qu’elles tiennent leur rôle de diffusion du livre, quelle que soit sa forme. Il serait intéressant de savoir combien de personnes fréquentant le site de la librairie y téléchargent (même indirectement) une application ou un e-book. Car même si les librairies jeunesse commencent à mettre en ligne leur sélection de livres numériques, des prescripteurs comme La Souris Grise, Applimini ou Declickids, ne les ont pas attendues et ont pris de l’avance. Ces sites proposent déjà depuis quelque temps de télécharger les applications jeunesse présentées sur leur site. Tout est ensuite question de légitimité.
Le véritable changement sera dans l’organisation d’une plate-forme de diffusion de livres numériques – et jeux pourquoi pas – spécialisée en jeunesse. Où l’on pourrait trouver, entre autres choses, une sélection de qualité, des conseils de lecture et de la vente directe.

La librairie peut-elle devenir un espace à la page, où le lecteur trouverait des livres sous toutes leurs formes. Est-il possible de faire exister cet espace – physiquement, virtuellement –, même si une partie des ventes se fait par le biais d’internet via certains poids-lourds marchands ? Comment le rendre à la fois réactif à la demande et attractif pour les conseils et les échanges que l’on y trouve ?
À l’heure où les canaux de transmission se sont diversifiés et, au détriment sans doute des librairies indépendantes, la mise au jour des livres passe par les réseaux, les blogs, les forums, les sites (marchands ou non). Montrer et parler des livres, donner des idées de lecture (connectée ou pas) ne sont donc pas des actions périmées par l’arrivée du numérique, bien au contraire.
Mais alors comment faire des librairies des intermédiaires incontournables dans le développement du numérique ?

Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (2)

De l’utilité du livre numérique pour une mère de famille

Mettez-vous dans la peau d’une mère de famille, équipée de trois enfants scolarisés en classes élémentaires, soucieuse d’un bon usage des écrans familiaux et, c’est la très grande majorité, non équipée en tablette tactile. Les enfants ont accès à l’ordinateur familial, connexion à internet coupée, pour faire des jeux – éducatifs cela va de soi ! –, des dessins ou regarder un DVD. Tout cela ayant une durée limitée et déterminée à l’avance. Les bibliothèques de la maison sont bien remplies, la médiathèque municipale est proche, et Maman ne résiste jamais à l’achat de livres pour sa progéniture lorsqu’elle pénètre dans une librairie jeunesse.
Les livres numériques ? Elle en a entendu parler, mais ne s’est pas franchement penchée sur la question, n’ayant de toute façon pas le matériel adapté pour les découvrir. Elle estime, d’autre part, qu’entre les DVD, la télé ou les jeux sur ordinateur, le temps que passent ses enfants devant un écran est largement suffisant, voire saturé. Qu’ils trouvent de quoi lire à volonté sur les étagères de la maison. Que les journées sont bien remplies par l’école, les activités, les devoirs, les copains et que c’est déjà bien compliqué de caser tout ça ! Alors le livre numérique… Un gadget, dont on retarde l’acquisition le plus longtemps possible.
Petite variante. Maman a un smartphone et télécharge dessus des applications pour ses enfants qu’elle leur montre en cas d’attente chez le médecin ou pendant un voyage en voiture de plusieurs heures. Il s’agit principalement de jeux car, après tout, c’est ce qui amuse ses enfants, mais aussi car elle ne connaît pas bien l’offre existante pour la jeunesse et n’a vraiment pas le temps de se lancer dans des recherches en profondeur sur le sujet. Alors le livre numérique…
Dans ces deux cas de figure, notre mère de famille n’en voit pas l’utilité. Les livres numériques ne peuvent pas, pour elle, être laissés à la disposition de leurs enfants, comme on leur abandonne un livre imprimé. Ils n’apportent rien de plus qu’un DVD, n’offrent aucune garantie de qualité, ne font pas le poids devant un album jeunesse papier et ne sont qu’un prétexte face au pouvoir attractif de l’écran. Dit-elle. Maman ajoute aussi que si elle connaissait des prescripteurs fiables, elle se pencherait peut-être sur la question. Car, renchérit-elle, non seulement, l’offre numérique jeunesse n’est pas connue, mais elle est aussi introuvable !

Quelle place donner au livre numérique jeunesse ? Comment en faire un usage pouvant être jugé “utile” par une mère de famille ? Il y a du pain sur la planche. Pour les éditeurs, comme pour les prescripteurs. Ces derniers existent et ont commencé à débroussailler le terrain : la souris grise, Applimini et Declickids, pour ne citer qu’eux, livrent des critiques d’applications jeunesse et s’efforcent de guider les acheteurs dans leur recherche de produits et dans leur approche des écrans. Mais la prescription sur internet ne suffira pas, seule, à vaincre les réticences de la plupart des mamans. Il faudrait imaginer d’autres canaux de découverte et de transmission. Nous allons nous y atteler.

“Le juste prix” ?

Combien dépensons-nous dans une libraire jeunesse lorsque nous achetons, ne serait-ce qu’un livre ? Pour un album illustré, grand format, relié avec couverture rigide, on compte rarement moins de 20 €. Avec une couverture souple, on descend autour des 15 €. Le même titre, réédité en petit format, passe à 5-6 € environ mais ce n’est plus le même produit. Difficile de parler d’album lorsque le texte et les illustrations sont réduites à un format souvent plus petit qu’un A5. Si l’on cherche un livre pour les bons lecteurs, offrant davantage de textes et, quand il y en a, des illustrations souvent en noir et blanc, les prix se tassent un peu. Un Harry Potter, format poche, revient quand même à 8 € euros minimum. La version brochée monte à 15 €. Enfin, pour un documentaire jeunesse assez fourni, il faut souvent compter 12 €, au moins. Si nous fréquentons les librairies jeunesse, nous acceptons de payer ces prix, et de bon gré lorsque l’ouvrage en vaut la peine. Et même si parfois, nous estimons que l’acquisition d’un livre peut se révéler assez coûteuse, qui peut se vanter de ressortir régulièrement et facilement d’une librairie sans avoir acheté un seul livre ? Pas moi.

Si l’on compare les prix de ces livres imprimés à ceux des livres numériques, la différence est singulièrement étonnante. L’intervalle entre le livre le plus onéreux et celui le moins cher se réduit considérablement. En arrondissant, il faut compter entre 1 et 4 € – 5 € grand maximum, pour l’acquisition d’une application jeunesse ou d’un ebook ! Exception faite aujourd’hui de L’Herbier des fées (Albin Michel) qui affiche un prix de 14,99 €. Existe-t-il un juste prix pour le livre numérique jeunesse ? Il n’est pas évident de répondre aujourd’hui à cette question : le catalogue offert n’est pas encore assez riche, les usages ne sont pas encore établis.
Que signifient donc les faibles prix affichés pour le numérique ? Que le coût de production se réduit considérablement lorsqu’il n’y a plus d’impression papier ? Il n’en faut pas moins rémunérer le ou les auteur(s), le(s) illustrateur(s), la création graphique, le(s) développeur(s) et l’éditeur lui-même qui, malgré la version numérique du produit n’en a pas moins un travail de chef d’orchestre, de coordination, de supervision, de correction. Les technologies innovantes, les facilités de publication, même si elles peuvent être positives pour certains usages, peuvent hélas laisser penser que s’auto-éditer est un jeu d’enfant, qu’écrire et que publier sont à la portée de tous. On en arrive rapidement à la conclusion que les éditeurs, comme les distributeurs (qu’ils soient libraires ou autres diffuseurs) ne sont plus des intermédiaires indispensables pour transmettre un livre et son contenu. Et que tout auteur peut s’auto-publier et trouver son public. Où sont les garde-fous de ce modèle ? Quelle critique, quelle qualité peuvent naître d’un tel système ?

Nous n’en sommes pas encore là, heureusement. En matière d’applications et d’ebooks jeunesse, les prescripteurs existent et sont peu à peu entendus : La souris grise, Applimini, Declickids, pour ne citer qu’eux. Si l’on se plonge dans les critiques émises et dans l’exploration des livres numériques pour enfant, on constate que le travail d’édition ne s’improvise pas. Les principaux éditeurs de livres imprimés, même s’ils n’offrent, pour la plupart, qu’une version numérisée plus ou moins enrichie de leur catalogue jeunesse, proposent des titres numériques qualitatifs, fidèles à l’image de leurs ouvrages imprimés. Les nouveaux arrivants, purement numériques, ne brillent pas tous par leur savoir-faire en terme de contenu. En revanche, ils osent parfois prendre d’autres risques, plus techniques. Quel équilibre sera trouvé entre les prouesses techniques et les contenus pour enfant ? La question reste ouverte pour l’instant.
Mais quel que soit le type d’édition numérique vers lequel nous nous dirigeons, pour qu’il soit de qualité, il doit être rémunéré à son juste prix. Les tarifs des livres numériques jeunesse sont très bas, sans doute trop bas pour rétribuer dignement ses créateurs. Il est habituellement établi que le bon prix d’un ebook serait 40 % moins cher que celui de sa version imprimée. Ce n’est pas le cas actuellement. Car sur cette base, un livre papier acheté 8 € (ce qui est déjà peu) dans une librairie jeunesse, serait à 4,8 € dans sa version numérique. Or, rares sont aujourd’hui les applications et les ebooks qui atteignent 5 €. Espérons que cette tendance évolue, que les prix trouvent un équilibre viable pour les acteurs du livre. Et que nous assistions à la naissance d’un modèle économique qui fera de l’édition numérique de demain, une édition riche de livres que nous voudrons transmettre.