Archives du mot-clé liseuse

De 7 à 12

IMG_1725La lecture numérique pour les enfants et les ados ce n’est pas seulement un ebook ou une appli, c’est aussi des rendez-vous sur la toile, des offres web accessibles avec une certaine liberté ou pas.

Outre l’éternelle difficulté de proposer un contenu adapté aux lecteurs auxquels il est destiné, les éditeurs se heurtent aujourd’hui à un obstacle complexe et mouvant : sur quel support numérique offrir son contenu, avec quel accès, pour quel usage ? Autrement dit, qui a accès à quoi, en fonction de quels critères : âge, équipement, éducation, milieu social ?

La question se pose en particulier pour les contenus destinés aux 7-12 ans. Au-delà, les usages existent : les ados sont, pour beaucoup, équipés de leur propre smartphone, tablette ou liseuse. Ils ont l’air de naviguer sur le web avec aisance ; ils likent et surlikent sur les réseaux… La littérature numérique semble, avec eux, avoir trouvé un public (voir le dossier consacré au numérique par Lirado).

En revanche, savoir vers quels usages tendent les 7-12 ans, vers quelle forme de contenu numérique et uniquement numérique (hormis les jeux bien entendu) – et avec quelle liberté de pratique ? – ils sont susceptibles de se diriger est un drôle de défi.
Qu’offrir à ces enfants, encore à l’école élémentaire, peu dotés d’appareils de lecture personnels, pratiquant le web dans un cadre scolaire, parfois chez eux (plus ou moins accompagnés) et considérant qu’une tablette sert à beaucoup de choses mais quand même pas à lire !

Des applis, des ebooks ? L’offre jeunesse s’étoffe. La plupart des éditeurs jeunesse ont ou sont en train de numériser leur catalogue en y apportant plus ou moins d’interactivité pour le rendre attractif. De quoi satisfaire nombre de petits lecteurs potentiels. Est-ce le cas ? Lisent-ils vraiment le soir, dans leur lit, avec une tablette ou une liseuse laissée à leur disposition ? On peut être sceptique.
Il existe un certain nombre de sites de prescription d’applis pour enfants, aidant les parents à trouver leur bonheur. Mais y-a-t-il des prescripteurs d’ebooks pour enfants, pour ceux qui dévorent et qui sont équipés d’une liseuse ?

Des contenus web ? Les journaux s’y sont mis. La Griffe de l’info propose aux 8-12 ans de décrypter l’actualité et leur offre des contenus documentaires adaptés à leur âge. Initiative intéressante et plutôt bien faite. Le site a-t-il pour autant trouvé son public ?
Comme la plupart des quotidiens nationaux, 1jour 1actu, pour les 7-13 ans, combine papier et numérique (web). Certains articles sont accessibles en ligne en librement, d’autres sont réservés aux abonnés “papier”.
Le Petit Quotidien (6-10 ans) propose différentes formules d’abonnement dont une 100 % numérique comprenant la réception de chaque numéro en .pdf et un accès aux contenus du site web du journal.

Ces différentes offres collent-elles aux usages numériques des 7-12 ans ou, du moins, à ceux souhaités par leurs parents et par leurs éducateurs ?
Le salut pour les éditeurs numériques jeunesse passe peut-être par l’abonnement et par une subtile combinaison de contenus courts, facilement accessibles et sécurisants. Or, là où le papier apporte des contenus clos, le numérique apporte souvent des contenus ouverts, susceptibles d’être non maîtrisés par l’entourage des enfants. C’est généralement là que le bât blesse.

 

 

 

Publicités

Signaux de fumée

2983429_s

Deux constats et c’est l’été (es-tu là ?).

Il semble, outre Atlantique en tout cas, que les e-books connaissent un succès croissant auprès des jeunes lecteurs. Les parents en achètent pour leurs enfants qui y ont un accès de plus en plus facilité, notamment en cette période de migration estivale (Le succès grimpant des eBooks pour enfants, Actualitté 26/06/2013).
L’équipement des foyers s’étoffe, la diabolisation de l’écran semble un combat d’arrière-garde, l’accessibilité aux “produits” numériques s’atomise dans de nombreux lieux – elle ne se fait plus seulement à la maison –, l’utilisation des outils numériques est rentrée dans les habitudes (très rapidement), les usages commencent sans doute à s’installer. Autant de raisons (et sûrement d’autres encore) susceptibles de mettre les livres numériques à portée de main des enfants.

D’autre part, les premières liseuses couleur (8 pouces) arrivent sur le marché (Cnet 08/06/2013). Même si les attentes ne sont pas encore comblées (voir PocketBook Color Lux au Medpi), les initiatives sont intéressantes pour l’avenir du livre jeunesse. Je reste convaincue que les enfants, à partir de 8-9 ans, pourraient trouver leur compte dans la lecture numérique s’ils avaient, pour eux, un support leur permettant de lire et pas seulement de jouer (voir Jeunes liseurs cherchent petites liseuses). À condition que l’offre de contenus suive, bien sûr. La concurrence, pour l’instant, semble venir des petites tablettes 7 pouces pour lesquelles l’enthousiasme pourrait bien être contagieux (PocketBook : tablette Surfpad2 en test).

L’intérêt croissant des jeunes pour les e-books, l’arrivée de nouveaux supports, de plus en plus proches de l’équipement idéal que l’on souhaiterait acquérir pour nos enfants, sont des signaux de fumée encourageants dans l’univers opaque du livre numérique jeunesse. Pour les lecteurs comme pour les éditeurs.

Très bel été !

Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (9)

Jeunes liseurs cherchent petites liseuses

IMG_1725Il est assez banal de constater chez les 6-12 ans à quel point les tablettes servent peu à lire. Même si un parent attentif veille à proposer, à tendre à son enfant lecteur (dont l’âge se situe entre 8 et 11 ans) une tablette avec un livre à lire ouvert sur l’écran – pas un livre à jouer, un livre à écouter, un livre à regarder, ni un livre à tapoter, à pincer ou à faire glisser, non un livre À LIRE. L’enfant en question aura tendance, vite fait bien fait, à quitter dans les meilleurs délais le contenu inopportun pour aller explorer les autres merveilles de l’appareil. Difficile de le lui reprocher. On peut même se féliciter de ses qualités d’adaptation, de ses intuitions ciblées et de son habileté dans le détournement du but recherché.
Mais la lecture, elle, passe à la trappe. Elle ne résiste pas face aux jeux, aux animations, à toute la diversité des contenus interactifs que l’on peut afficher sur l’écran d’une tablette.

Alors que les enfants liseurs existent – on peut estimer qu’à partir des premières années d’école élémentaire, ils sont tous lecteurs. Ils ne constituent pas, je pense, une espèce en voie d’extinction, ni un groupuscule extrémiste, encore moins militant. Ils aiment tout simplement se plonger dans un livre, quel qu’il soit, peu importe. Et lorsqu’ils en terminent un, ils en cherchent un autre et se trouvent parfois affamés quand ils n’ont rien à se mettre sous la dent. Plusieurs solutions pour remédier à cela : fureter dans les rayonnages en espérant y dénicher un ouvrage séduisant, faire le siège de la bibliothèque du quartier, passer à la librairie du coin (si vous avez la chance d’en avoir une), emprunter, troquer, quelques volumes entre amis. Que sais-je encore ?

La tâche devient plus ardue en période de vacances scolaires lorsque l’on se retrouve à quelques centaines de kilomètres de son lieu de résidence principal et qu’au bout de 3 heures de train ou de voiture, votre jeune lecteur déclare avoir terminé les trois pavés que vous lui aviez achetés pour le séjour. Bigre ! Et s’il n’a que 8 ans, ça ne fait que commencer…
Vous lui cédez alors, avec la meilleure volonté du monde ou pas, votre tablette sur laquelle vous avez bien téléchargé deux ou trois livres pour votre progéniture. Et là, le miracle se produit. Il ne lit plus. Rien de grave. Simplement un constat d’usage.

Plutôt que des tablettes dédiées, pourquoi n’existe-t-il pas de liseuses pour enfants ? Avec un look un peu plus attractif que les appareils actuellement disponibles sur le marché ? La lecture n’est-elle plus considérée comme un divertissement, un loisir pour les plus jeunes ? De nombreux parents n’imaginent pas équiper leurs enfants de tablettes. Leur position serait-elle la même s’il s’agissait de liseuses adaptées (non connectées notamment), pouvant contenir de quoi étancher la soif livresque de certains enfants ? Quelques barrières tomberaient sans doute.

Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (8)

En extension

On tourne en rond. C’est en tout cas l’impression ressentie par moments à propos des livres numériques pour la jeunesse – et même des livres numériques en général – et la quête d’un modèle économique. Les questions sur le support (liseuse ou tablette) et sur le format (application versus ePub), notamment, occupent une grande partie de la place. Interrogations  cruciales car les débouchés commerciaux en découlent pour le moment.

Or, peut-on s’appuyer sur l’usage de tel ou tel format pour bâtir un modèle économique ? Avec quelques raccourcis rapides, on a tendance à le croire parfois en constatant que la production des applications est tellement onéreuse qu’il vaut mieux adopter le format ePub. Lorsqu’on l’on découvre la version du Petit Prince commercialisée – au prix de 9,99 € – par Gallimard sur l’iBookstore en décembre dernier, on peut être dubitatif, et surtout déçu.

Le Petit Prince

 

 

 

 

 

Que veut-on faire au juste pour les enfants ? Justifier l’usage de plus en plus fréquent des écrans par la littérature à la place des jeux ? Veut-on instaurer de nouveaux modes de lecture pour les amener au livre ? Pour les plus jeunes, davantage que la lecture connectée,  il semble que le format applicatif, donc fermé,  soit le plus approprié. Et nécessaire finalement à la linéarité d’un récit. Un peu à l’instar de Frédéric Kaplan à propos des applications, dans Les trois futurs des livres-machines, François Gèze évoque, sur son blog, le besoin de se réfugier régulièrement dans des “livres clos”, les livres imprimés, par opposition à l’hypertexte qui invite à la dispersion.

Alors si l’on a le livre imprimé comme ouvrage “fermé” pourquoi produire des livres numériques sous forme d’applications ? Quels enfants les lisent aujourd’hui ? Quels sont ceux qui les liront-ils demain ? Le numérique est intéressant pour la quantité d’informations à laquelle il donne accès. A contrario, on n’a aucune envie de laisser les moins de 12 ans partir sur le web sans garde-fous.
La réflexion sur le modèle économique du livre numérique jeunesse semble finalement assez balbutiante. La question du format n’est qu’un élément et ne doit sans doute pas occulter une réflexion plus profonde : qu’apporte le numérique en plus du papier ? Est-il justifié ? Pour quels usages et quels usagers ?

La production numérique jeunesse se justifie pleinement lorsqu’elle est une extension du domaine de l’écrit, un prolongement des livres imprimés, un prolongement innovant et ludique. Elle semble moins pertinente lorsqu’elle prend le visage d’une production mimétique des réalisations éditoriales papier.

Bonne année !