Archives du mot-clé qualité

Irrésistible ?

Amazon lance, aux États-Unis, un abonnement pour les enfants, le Kindle FreeTime Unlimited (voir aussi Actualitté, 5 décembre 2012). Un abonnement à quoi ? Un accès illimité à l’univers d’Amazon dédié à la jeunesse : livres numériques, films, jeux et autres contenus ludo-éducatifs. Il coûte entre 3 $ et 10 $ par mois selon l’équipement des parents et l’offre choisie (accès pour un seul enfant ou pour la famille). Il faut, bien entendu, posséder une tablette Kindle Fire ou Kindle Fire HD, ou encore Kindle Fire HD8.9. Autrement dit, un équipement plutôt récent. La cible : celle des 3-8 ans. Cela semble logique, c’est pour cette tranche d’âge que les catalogues numériques sont les plus fournis, on l’a déjà dit. La navigation peut bien sûr être contrôlée, paramétrée, limitée par les adultes.

C’est impressionnant. La France n’est pas encore concernée, mais c’est une nouvelle part de marché dont Amazon se saisit. Qui peut résister à cette offre à l’heure où il est déjà assez complexe de choisir des contenus numériques pour ses enfants tant les repères sont flous ? L’abonnement d’Amazon permet justement de ne pas se poser de questions ! Sauf qu’on risque de ne pas s’y retrouver plus qu’avant. À défaut d’acheter un produit en particulier, il faudra bien orienter les enfants vers tel ou tel livre, vers tel ou tel jeu. La tâche menace d’être ardue sans aide, sans prescription. À moins de baisser totalement les bras et de confier à Amazon l’éducation littéraire et ludique de ses enfants… On ne l’abandonnerait pas davantage à Apple, ni à personne d’autre, si une telle offre voyait le jour.

N’entrons pas dans les méandres des formats propriétaires. Ils sont évidemment  contraignants, agressifs commercialement. Avec le lancement de cet abonnement, les fournisseurs de contenus ont un immense rôle à jouer : proposer des livres, des jeux, des animations de bonne et belle qualité. Facile à dire, mais si les éditeurs soucieux de cette qualité ne trouvent pas de modèle économique viable pour créer, diffuser leurs réalisations et pour être visibles, l’aventure risque de tourner court pour eux. Tenir bon et continuer : c’est le souci de beaucoup d’entre eux, en France, aujourd’hui. On en revient toujours à la même question : comment promouvoir une édition innovante et de qualité ?

Publicités

Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (2)

De l’utilité du livre numérique pour une mère de famille

Mettez-vous dans la peau d’une mère de famille, équipée de trois enfants scolarisés en classes élémentaires, soucieuse d’un bon usage des écrans familiaux et, c’est la très grande majorité, non équipée en tablette tactile. Les enfants ont accès à l’ordinateur familial, connexion à internet coupée, pour faire des jeux – éducatifs cela va de soi ! –, des dessins ou regarder un DVD. Tout cela ayant une durée limitée et déterminée à l’avance. Les bibliothèques de la maison sont bien remplies, la médiathèque municipale est proche, et Maman ne résiste jamais à l’achat de livres pour sa progéniture lorsqu’elle pénètre dans une librairie jeunesse.
Les livres numériques ? Elle en a entendu parler, mais ne s’est pas franchement penchée sur la question, n’ayant de toute façon pas le matériel adapté pour les découvrir. Elle estime, d’autre part, qu’entre les DVD, la télé ou les jeux sur ordinateur, le temps que passent ses enfants devant un écran est largement suffisant, voire saturé. Qu’ils trouvent de quoi lire à volonté sur les étagères de la maison. Que les journées sont bien remplies par l’école, les activités, les devoirs, les copains et que c’est déjà bien compliqué de caser tout ça ! Alors le livre numérique… Un gadget, dont on retarde l’acquisition le plus longtemps possible.
Petite variante. Maman a un smartphone et télécharge dessus des applications pour ses enfants qu’elle leur montre en cas d’attente chez le médecin ou pendant un voyage en voiture de plusieurs heures. Il s’agit principalement de jeux car, après tout, c’est ce qui amuse ses enfants, mais aussi car elle ne connaît pas bien l’offre existante pour la jeunesse et n’a vraiment pas le temps de se lancer dans des recherches en profondeur sur le sujet. Alors le livre numérique…
Dans ces deux cas de figure, notre mère de famille n’en voit pas l’utilité. Les livres numériques ne peuvent pas, pour elle, être laissés à la disposition de leurs enfants, comme on leur abandonne un livre imprimé. Ils n’apportent rien de plus qu’un DVD, n’offrent aucune garantie de qualité, ne font pas le poids devant un album jeunesse papier et ne sont qu’un prétexte face au pouvoir attractif de l’écran. Dit-elle. Maman ajoute aussi que si elle connaissait des prescripteurs fiables, elle se pencherait peut-être sur la question. Car, renchérit-elle, non seulement, l’offre numérique jeunesse n’est pas connue, mais elle est aussi introuvable !

Quelle place donner au livre numérique jeunesse ? Comment en faire un usage pouvant être jugé “utile” par une mère de famille ? Il y a du pain sur la planche. Pour les éditeurs, comme pour les prescripteurs. Ces derniers existent et ont commencé à débroussailler le terrain : la souris grise, Applimini et Declickids, pour ne citer qu’eux, livrent des critiques d’applications jeunesse et s’efforcent de guider les acheteurs dans leur recherche de produits et dans leur approche des écrans. Mais la prescription sur internet ne suffira pas, seule, à vaincre les réticences de la plupart des mamans. Il faudrait imaginer d’autres canaux de découverte et de transmission. Nous allons nous y atteler.