Archives du mot-clé tablette numérique

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (3)

Du contenu, baby !

Cela n’aura échappé à personne, le journal Le Monde (éditions datées du 19 juin 2012 et du 3 juillet 2012), entre autres, relaie l’information depuis quelques semaines : les fabricants de jouets annoncent une offre alléchante de tablettes numériques destinées aux enfants à partir de 18 mois. À quel prix ? Entre 100 et 200 €, pour les plus onéreuses. Vetch mise sur la vente de 500 000 tablettes pour enfants en 2012 (voir l’étude faite par l’Institut des Mamans sur l’utilisation des smartphones et tablettes par les 1-6 ans).

Quel contenu y trouvera-t-on ? Divertissements déjà intégrés, cartouches de jeux, de vidéo et autres pouvant être ajoutés, possibilité de téléchargement de contenus à partir de l’ordinateur des parents sont quelques-unes des solutions imaginées pour enrichir ces tablettes. Il n’est pas question d’accès à internet pour les produits destinés aux plus petits. Et les livres là-dedans, vont-ils trouver leur place ?

L’offre technologique devance l’offre de contenu livresque jeunesse qui, à quelques exceptions près, ne suit pas. C’est dommage. Les éditeurs “traditionnels” ont des atouts en matière de publications destinées à la jeunesse et disposent d’un savoir-faire que les éditeurs purement numériques n’ont pas obligatoirement. Pourtant, il semble bien que ces pure-players commencent à occuper la place de manière significative. À l’image de ce Conte du haut de mon crâne, édité par la Souris qui raconte, un récit beau et singulier, purement numérique, et en plus destiné aux grands (9 ans au moins), ce qui est rare en matière d’applications jeunesse (voir aussi Cherchez le “documentaire”). La preuve que la qualité, en matière de littérature jeunesse, ne passe pas uniquement par le papier. Ce serait une forme de snobisme de le croire aujourd’hui.

 

 

 

 

 

Le champ est donc grand ouvert pour les éditeurs, avec des risques, certes, mais aussi une liberté qui n’existe sans doute plus dans l’édition imprimée. Sachant que les utilisateurs, une fois, la tablette acquise, ne seraient pas réticents à l’achat de contenus (voir Actualitté : Tablettes : des utilisateurs plus enclins à l’achat de contenus).

Publicités

Génération tablette ?

Nous verrons sans doute, à terme, des fournisseurs proposer des tablettes numériques pour enfants sur lesquelles sera déjà installé un contenu adapté. Des tablettes contenant par exemple des contes classiques, des histoires, des jeux, des comptines, des chansons. Une sélection « inoffensive » que tout parent pourrait laisser à son enfant les yeux fermés. On peut même imaginer des tablettes différentes selon les tranches d’âge destinataires. Génial au premier abord. De quoi monopoliser les bambins pendant quelques heures de voiture ou les mercredis après-midis pluvieux.
M’enfin, tout dépend de la qualité du contenu. Si les livres intéressants, jolis sont noyés dans un flot abrutissant sur lequel nous n’avons même pas envie de nous pencher, l’opération pourrait se révéler assez stérile. Gageons tout de même que certaines tablettes offriront un contenu, globalement, de bonne qualité. Pourquoi pas ? Mais avec quelques réserves.

Tout d’abord, quelles limites d’usage donner à son enfant ? Une tablette, sur un plan technologique, peut accueillir un certain nombre de livres numériques, jeux et autres. Suffisamment en tout cas pour occuper un enfant pendant des heures. Vous allez donc lui offrir un appareil uniquement pour lui, sur laquelle il va trouver une multitude d’ebooks, de jeux, d’applications sonores. Qu’allez-vous lui dire ? « Mon chéri, c’est à toi mais dans un quart d’heure tu la rends à maman. » Ou bien : « C’est ta tablette, regarde tout ce que tu veux, maman a des choses à faire » ? Si vous êtes soucieuse du temps que votre enfant passe devant les écrans, comment lui expliquer, devant la tablette que vous lui avez offerte et dont vous louez la qualité des contenus, qu’il ne faut certainement pas en abuser ? La réponse peut être radicale : ne pas acquérir ce genre de tablettes ! Mais chacun fera bien ce qu’il voudra et surtout ce qu’il pourra, comme souvent en matière d’éducation.

Deuxième réserve, plus sérieuse. Avec une tablette offrant un contenu installé d’office, nous courons vers la standardisation. C’est perdre le goût de flâner dans les bibliothèques, les librairies (physiques ou non) et de choisir nous-mêmes ce que nous souhaitons acquérir pour nos enfants. C’est, immanquablement, être rattrapé par le marketing – même si on n’y échappe jamais, nous sommes bien d’accord. Il ne s’agit pas ici d’édition scolaire, de programmes d’éducation. Que les enfants d’une classe aient tous le même manuel d’apprentissage, c’est légitime. Mais qu’ils soient libres ensuite de développer des goûts différents, des approches de la lecture variées, des expériences autres que celles de leurs camarades.
Nous avons, heureusement,  des références communes avec les personnes de la même génération que la nôtre. Les programmes de télévision en offrent un exemple assez caricatural : ne parle-t-on pas de « génération Casimir » à propos des enfants qui regardaient les programmes jeunesse de la fin des années 1970 ? Aujourd’hui l’offre numérique jeunesse n’est pas encore très riche, mais elle donne des signes de créativité, d’ingéniosité. Il est envisageable que tel éditeur nous prescrive une sélection de contenus qu’il aura faite pour nos chérubins ou que tel fabricant fournisse avec sa tablette un « best-of » des livres numériques jeunesse. Mais gardons la curiosité d’aller voir ailleurs, de proposer autre chose de temps en temps. Tous les moyens nous sont donnés pour décider nous-mêmes ce que nous avons envie de mettre sous les yeux de nos enfants, ou non !