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Les vedettes de l’écran

Écran n. m. (moyen néerl. sherm, grille). 1. Panneau, dispositif qui arrête, atténue la chaleur, la lumière, etc. 2. Tout objet qui empêche de voir, qui protège. […] 6. Dispositif d’affichage électronique d’images ou de données.” Voici les sens principaux du mot donnés par le Petit Larousse. Dans un sens l’écran cache, protège, dans un autre il montre et affiche. Ce qui, à l’origine, dissimulait, arrêtait la chaleur ou la lumière, désigne aujourd’hui un objet de diffusion (de lumière), d’attraction. Si l’on se protège derrière un écran, total ou non en cette période de sports d’hiver, à quoi s’expose-t-on lorsqu’on est devant ?

Nos enfants y sont. Devant. Et quand on est devant, il n’est pas toujours évident de savoir qui est derrière. En revanche, celui qui est derrière dispose de plus en plus de données pour savoir qui est devant. L’écran n’est plus protecteur mais on s’en protège. Pour autant, on ne s’affole plus devant l’écran ; le diaboliser est, de l’avis général, dépassé. En revanche former nos enfants à ce que l’écran leur montre reste d’actualité. Leur apprendre à voir, à évaluer que ce qu’ils découvrent lorsqu’ils sont devant un écran d’ordinateur ou de tablette, leur faire prendre conscience que le contenu visible a été réalisé par des gens qui sont “derrière”. Que toute personne peut interagir sur ce qui apparaît à l’écran. Qu’eux, enfants, deviennent acteurs devant un écran et qu’ils doivent en mesurer la responsabilité. Que la frontière entre “devant” l’écran et “derrière” l’écran est de plus en plus floue. Les réseaux sociaux, notamment, brouillent les repères : ils permettent d’atteindre les autres à travers l’écran, comme si l’on pouvait y entrer.

Sous la forme d’une tablette ou d’un smartphone, l’écran est omniprésent et devient un vrai caméléon. Il se met dans sa poche, contient toutes les fonctions voulues et prend toutes les apparences que l’on souhaite lui donner. On peut imaginer que l’écran sera un jour transparent aux yeux de nos enfants, qu’il ne sera plus indispensable pour afficher ce (ou ceux) qu’ils souhaitent voir, entendre, rechercher, découvrir. Serons-ils alors exposés à tous les vents, leur œil, leur attention sollicités en permanence – si ce n’est déjà le cas. Où sera le temps où nous installions nos bambins devant un bon vieil écran, protecteur, rassurant…

En attendant, les enfants sont régulièrement les vedettes des études et documents sur les écrans : le rapport 2013 du Défenseur des droits Enfants et écrans : grandir dans le monde numérique, l’avis émis le 7 janvier 2013 par l’Académie des sciences L’enfant et les écrans, un article du journal Le Monde commentant ce dernier avis “Laisser les enfants devant les écrans est préjudiciable”, enfin le sondage effectué par l’institut Viavoice (fin 2012) concernant les pratiques des 9-16 ans sur Internet.

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Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (9)

Hors-pistes

Les éditions Larousse ont réalisé une application pour les 8-12 ans, intéressante tant pour son contenu que pour sa forme : le dictionnaire Larousse junior.

 

Dico Larousse junior

 

 

 

 

 

 

Six entrées au menu : dico, atlas, chrono, conjugaisons, jeux, images. Des définitions d’abord, de noms communs et de noms propres, mais pas seulement. Un atlas pour enfants leur permettant de s’évader de manière tout à fait honorable (outre le Barefoot atlas, je n’en vois pas vraiment d’autres dignes d’intérêt). Une chronologie, pouvant paraître parfois succincte, mais suffisante pour donner des repères à un enfant de primaire. Des tableaux de conjugaison toujours utiles. Des jeux sur les mots, les définitions, les drapeaux, amusants et motivants.

Le Larousse junior apparaît donc un “moteur” de recherches autonome, ludique, qui permet de bondir d’un sujet à l’autre très facilement. Un document que l’on peut consulter partout, en vacances, en voiture, dans une salle d’attente. Qui se promène en emportant un dictionnaire ou une encyclopédie dans son sac ? Et à un prix (5,99 €) défiant toute concurrence imprimée. Un formidable outil pour jouer avec ses enfants car, à l’instar d’un dictionnaire, une fois l’application ouverte, difficile de la refermer…

Certes, cette réalisation numérique ne permet pas d’apprendre à s’orienter dans la somme que peut représenter un dico. Le travail est largement simplifié puisqu’il suffit de saisir le mot que l’on cherche pour en obtenir la définition. Encore faut-il savoir l’orthographier correctement. Faire une recherche dans un dictionnaire imprimé relève d’un autre savoir-faire et ne fait sans doute pas partie des prétentions de cet outil. De la même manière, vous n’utilisez pas votre tablette pour apprendre à votre enfant à faire des puzzles ou à empiler des cubes. Il s’agit d’apprentissages différents, non exclusifs, tout aussi importants les uns que les autres.

Cette application n’est pas non plus exhaustive. Elle prend l’allure d’une encyclopédie sans en être vraiment une. Est-ce si grave dans la mesure où elle s’adresse à des enfants d’âge scolaire (primaire), essentiellement ? Est-ce pour cela que l’on nivelle leurs connaissances par le bas ? Ce n’est pas évident et c’est très subjectif. Certains enfants, en fonction de leur âge, de leur maturité, du sujet abordé et de l’intérêt qu’ils y portent, se contenteront des informations qui sont livrées dans ce dictionnaire, d’autres seront peut-être frustrés. Ceux-là mêmes qui voudraient en savoir davantage laisseront l’application pour d’autres contenus, mais la porte aura été ouverte. Et puis, le jour où votre fils ou votre fille de 10 ans a une recherche à faire sur Victor Hugo, ne préférez-vous pas d’abord lui apprendre à consulter la documentation dont il ou elle dispose à la maison, sous forme de livre imprimé ou d’application de ce type, avant de l’envoyer se perdre dans les méandres d’Internet ?

Pourquoi avoir choisi la forme applicative, par nature fermée, pour éditer ce Larousse junior ? La vocation d’un dictionnaire, d’une encyclopédie, est d’ouvrir les connaissances. On aurait tendance à attendre aujourd’hui de la part d’un tel outil qu’il soit continuellement actualisé, enrichi. Qu’il donne accès à toutes les informations connues sur un sujet ou un autre. Un format différent de l’application, moins lourd, truffé de liens menant au web, serait probablement plus riche, plus dense. Serait-il pour autant adapté aux usages que font les 8 ans et plus d’un dictionnaire, de ce qu’ils y cherchent ? Les enfants utilisateurs ne seraient-ils pas menacés de noyade dans des flots de connaissances qu’ils auraient du mal à maîtriser ? Il s’agit d’une véritable question. À quel âge bascule-t-on ? Un format applicatif fermé est-il pertinent pour l’apport d’informations à vocation encyclopédique destiné à des enfants ?
On peut reprocher au Larousse junior d’avoir un format fermé, totalement contradictoire avec la nature de son contenu, destiné à être ouvert. On peut aussi estimer que c’est tant mieux. Que cela laisse la liberté à chacun d’aller voir ailleurs. De flâner, de s’enrichir comme il l’entend, d’exercer son intuition et son libre-arbitre, de sortir des chemins balisés, des pistes damées et des liens présélectionnés.

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (8)

Lire et jouer, tout est permis

Un petit retour aux résultats du sondage CSA réalisé pour l’Observatoire Orange – Terrafemina (livrés en septembre dernier). L’une des données intéressante, parmi les réponses obtenues, est que l’acquisition d’applications pour les enfants de moins de 12 ans se développe : 38 % des parents interrogés ont déjà acheté une application pour leur progéniture. 84 % d’entre eux ont acheté une application pour jouer. Vient ensuite l’achat d’applications éducatives (46 %) puis celui d’applications pour lire ou écouter des histoires (36 %).

Les parents, pour la plupart, ont donc, sur leur tablette, une application-jeu pour leur(s) enfant(s). Constat, au premier abord, peu encourageant pour les éditeurs d’applications-livres pour la jeunesse. Il semble que l’utilisation de l’écran par les moins de 12 ans soit inévitablement associée au jeu. Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur mais d’un fait observé. Comment proposer alors un catalogue attractif de livres numériques ? Pour ne pas être en marge face à la densité de l’offre ludique pour les enfants et pour utiliser au mieux l’interactivité permise par les supports que sont les tablettes tactiles, beaucoup d’applications imbriquent, de différentes manières, livre et jeu.

On trouve, en premier lieu, des applications-jeux qui prolongent un livre imprimé existant. C’est bien sûr le cas de Un Jeu (Bayard) d’Hervé Tullet, réalisé à la suite de Un Livre, du même auteur. Joli, amusant, entièrement jeu et non pas livre. Ou encore, réalisé par les éditions volumiques, Balloon Paper App, un jeu constitué d’un livre imprimé et d’une application : la balade d’un ballon en papier sur l’écran d’une tablette.

 

Un jeu                     balloon_021

 

 

 

 

Dans un autre genre, des applications de lecture/écoute d’une histoire proposent des jeux à la fin du récit. On peut citer les livres-applications de la collection Même pas peur (GoodBye Paper Éditions) dont Gaspard, le loup qui avait peur du loup : une histoire et trois jeux (puzzle, memory, méli-mélo) reprenant l’univers du livre.
Il y en a d’autres. Et notamment les applications de l’éditeur Quelle Histoire. Chacune d’entre elles présente un personnage historique à travers une succession de tableaux écoutés ou lus. Divers jeux (quiz, jeu des 7 erreurs, etc.) complètent la découverte. Il existe une version imprimée de ces petites monographies historiques.

 

Gaspard                       De Gaulle

 

 

 

Certaines applications intercalent plusieurs jeux au sein même de l’histoire. Les aventures de Stella et Sacha en font partie. Un intermède ludique intervient à la fin de chaque chapitre. Cependant, rien n’empêche de poursuivre l’écoute si l’on veut passer à la suite du récit.
Il en va de même pour Babel, le chat qui veut être roi.
Le principe est poussé beaucoup plus loin dans La Sorcière sans nom. Les jeux sont alors présentés comme des épreuves qu’il faut surmonter pour pouvoir continuer l’histoire. On bascule franchement de l’application-livre vers l’application-jeu.

 

Stella et Sacha               Babel               La sorcière sans nom

 

 

 

 

Quelques éditeurs encore ont fait de la création même du récit un véritable jeu. Dans mon rêve, par exemple, en divisant l’écran en trois bandes mobiles, indépendamment les unes des autres, permet de créer des illustrations et des histoires, non pas à l’infini mais presque !
Les Histoires de lapin proposent de choisir les protagonistes du conte que l’on veut entendre.
Il en va un peu de même pour Les Histoires farfelues où l’on sélectionne les éléments (quelque peu farfelus) de l’histoire sans savoir quelle mixture va en sortir. Amusant. Construire ou agir sur le cours du récit que l’on va lire ou écouter devient un jeu auquel on se prend facilement.

 

Dans mon rêve

Les histoires de lapin               Histoires farfelues

 

 

 

 

Enfin, il y a tout de même des applications-livres sans jeux, des œuvres numériques à lire ou à écouter uniquement et que seules quelques animations viennent agrémenter. Une légère touche d’interactivité. Elles sont souvent à destination des plus grands, 7-8 ans et plus. Les réalisations de la Souris qui raconte, et notamment à la dernière, Ogre-doux, en sont une illustration.
Mais aussi Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore ou, très différent, Voyage au centre de la Terre.
Une petite dernière née parmi les applications-histoires pour enfants, La princesse aux petits prouts – même si un peu plus interactive – entre sans doute également dans cette catégorie.

 

Ogre-doux               Morris Lessmore

 

 

Voyage au centre de la terre

La princesse aux petits prouts

 

 

 

Sous le format applicatif, les façons de concilier la lecture et le jeu peuvent être assez différentes. D’autres vont émerger encore. Trouver les associations, les complémentarités entre l’imprimé et l’écran, chercher les passerelles entre le livre et le jeu numérique vont sans doute permettre de donner naissance à des réalisations étonnantes, de qualité. Reste maintenant à définir pour quelle cible ? Pour quelle demande ?

Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (8)

En extension

On tourne en rond. C’est en tout cas l’impression ressentie par moments à propos des livres numériques pour la jeunesse – et même des livres numériques en général – et la quête d’un modèle économique. Les questions sur le support (liseuse ou tablette) et sur le format (application versus ePub), notamment, occupent une grande partie de la place. Interrogations  cruciales car les débouchés commerciaux en découlent pour le moment.

Or, peut-on s’appuyer sur l’usage de tel ou tel format pour bâtir un modèle économique ? Avec quelques raccourcis rapides, on a tendance à le croire parfois en constatant que la production des applications est tellement onéreuse qu’il vaut mieux adopter le format ePub. Lorsqu’on l’on découvre la version du Petit Prince commercialisée – au prix de 9,99 € – par Gallimard sur l’iBookstore en décembre dernier, on peut être dubitatif, et surtout déçu.

Le Petit Prince

 

 

 

 

 

Que veut-on faire au juste pour les enfants ? Justifier l’usage de plus en plus fréquent des écrans par la littérature à la place des jeux ? Veut-on instaurer de nouveaux modes de lecture pour les amener au livre ? Pour les plus jeunes, davantage que la lecture connectée,  il semble que le format applicatif, donc fermé,  soit le plus approprié. Et nécessaire finalement à la linéarité d’un récit. Un peu à l’instar de Frédéric Kaplan à propos des applications, dans Les trois futurs des livres-machines, François Gèze évoque, sur son blog, le besoin de se réfugier régulièrement dans des “livres clos”, les livres imprimés, par opposition à l’hypertexte qui invite à la dispersion.

Alors si l’on a le livre imprimé comme ouvrage “fermé” pourquoi produire des livres numériques sous forme d’applications ? Quels enfants les lisent aujourd’hui ? Quels sont ceux qui les liront-ils demain ? Le numérique est intéressant pour la quantité d’informations à laquelle il donne accès. A contrario, on n’a aucune envie de laisser les moins de 12 ans partir sur le web sans garde-fous.
La réflexion sur le modèle économique du livre numérique jeunesse semble finalement assez balbutiante. La question du format n’est qu’un élément et ne doit sans doute pas occulter une réflexion plus profonde : qu’apporte le numérique en plus du papier ? Est-il justifié ? Pour quels usages et quels usagers ?

La production numérique jeunesse se justifie pleinement lorsqu’elle est une extension du domaine de l’écrit, un prolongement des livres imprimés, un prolongement innovant et ludique. Elle semble moins pertinente lorsqu’elle prend le visage d’une production mimétique des réalisations éditoriales papier.

Bonne année !

Le livre numérique jeunesse : quels contenus au menu ? (7)

Florilège

Il est souvent  de coutume, en fin d’année, de faire un bilan des mois écoulés avant d’entrer dans un nouveau cycle. Pour moi, ce sera une sélection des livres numériques qui m’ont marquée, interpellée, étonnée. Pas de choix rationnel, promotionnel ou d’inventaire de Noël mais plutôt des idées retenues, des pistes ouvertes.

Parmi les applications pour les plus petits, je retiens La Sorcière sans nom, pour l’animation ludique et l’utilisation amusante de la tablette qui en découle. Moins pour la qualité littéraire de son contenu qui donne – un peu trop parfois – l’impression que l’histoire sert de prétexte à l’interactivité.

 

La sorcière sans nom

 

 

 

 

 

Parues plus récemment, Les Histoires farfelues produisent des contes à la manière d’un bandit manchot. Un peu frustrant de temps en temps mais drôle et imprévisible sans aucun doute.

 

Histoires farfelues

 

 

 

 

 

J’ai un petit faible pour Ma poire. Une application peut-être pas aussi enthousiasmante que Dans mon rêve, mais de de toute beauté également. Avec le risque de faire rêver davantage les parents que les enfants…

 

Ma poire

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, deux livres, qui ne sont pas des applications mais des créations enrichies au format epub, format encore peu exploré en jeunesse : Francis et la souris verte, une histoire très joliment animée, et Le garçon aux grandes oreilles, un conte traditionnel du Maroc qui fourmille d’explications sur le texte, la langue, le pays. À découvrir !

 

Francis et la souris verte

 

 

 

 

 

 

 

Le garçon aux grandes oreilles

 

 

 

 

 

 

 

Pour les plus grands, cette fois, Conte du haut de mon crâne est pour moi un des livres marquants de cette année. Un texte aux qualités littéraires indéniables, des illustrations en harmonie avec l’histoire. Un beau travail éditorial. Autant d’éléments que l’on trouve encore trop rarement réunis chez les pure-players.

 

Conte crane

 

 

 

 

 

 

Voyage au centre de la Terre est également une réussite. Le texte de Jules Verne n’a plus grand-chose à prouver. En revanche, les animations, les choix interactifs et le graphisme choisis le valorisent certainement.

 

Voyage au centre de la terre

 

 

 

 

 

 

 

Et dans la catégorie documentaire…
Le dinosaure est le troisième titre de la collection “Mes premières découvertes” (Gallimard) à paraître sous forme d’application, après La coccinelle et La forêt. Une belle application, comme les deux précédentes.  L’écran leur va comme un gant.

 

Le dinosaure

 

 

 

 

 

Une autre application a ouvert cette année la voie de l’appli-documentaire : Le corps humain expliqué par Tom. Un exposé “à tiroirs” livrant les informations au fur et à mesure qu’on les ouvre : les explications sont nombreuses et détaillées. Intéressant et bien ficelé.

 

Chocolapps corps humain

 

 

 

 

 

 

Une mention spéciale pour “Jo et moi autour du monde” avec les titres Londres et Paris. Des carnets de découverte des capitales britannique et française, ludiques et interactifs. Sympathiques !

 

Jo et moi

 

 

 

 

 

Et pour finir : le premier numéro de Cramik, une revue jeunesse venue de Belgique pour les enfants lecteurs, proposant des fictions, des blagues, des recettes, des reportages. À suivre. On attend les numéros suivants avec impatience.

 

Cramik

 

 

 

 

 

 

On ne peut que souhaiter longue vie à tous ces livres numériques. À tous ceux que je n’ai pas cités également (je me suis forcée à faire un choix). Et encourager les éditeurs qui se lancent, mais aussi ceux qui se sont déjà jetés à l’eau et qui tiennent le coup depuis quelques années, ou encore ceux qui n’osent pas mais qui, peut-être un jour… En espérant que la cuvée 2013 sera riche en nouvelles découvertes, en nouveaux contenus. Très belles fêtes de fin d’année !

Irrésistible ?

Amazon lance, aux États-Unis, un abonnement pour les enfants, le Kindle FreeTime Unlimited (voir aussi Actualitté, 5 décembre 2012). Un abonnement à quoi ? Un accès illimité à l’univers d’Amazon dédié à la jeunesse : livres numériques, films, jeux et autres contenus ludo-éducatifs. Il coûte entre 3 $ et 10 $ par mois selon l’équipement des parents et l’offre choisie (accès pour un seul enfant ou pour la famille). Il faut, bien entendu, posséder une tablette Kindle Fire ou Kindle Fire HD, ou encore Kindle Fire HD8.9. Autrement dit, un équipement plutôt récent. La cible : celle des 3-8 ans. Cela semble logique, c’est pour cette tranche d’âge que les catalogues numériques sont les plus fournis, on l’a déjà dit. La navigation peut bien sûr être contrôlée, paramétrée, limitée par les adultes.

C’est impressionnant. La France n’est pas encore concernée, mais c’est une nouvelle part de marché dont Amazon se saisit. Qui peut résister à cette offre à l’heure où il est déjà assez complexe de choisir des contenus numériques pour ses enfants tant les repères sont flous ? L’abonnement d’Amazon permet justement de ne pas se poser de questions ! Sauf qu’on risque de ne pas s’y retrouver plus qu’avant. À défaut d’acheter un produit en particulier, il faudra bien orienter les enfants vers tel ou tel livre, vers tel ou tel jeu. La tâche menace d’être ardue sans aide, sans prescription. À moins de baisser totalement les bras et de confier à Amazon l’éducation littéraire et ludique de ses enfants… On ne l’abandonnerait pas davantage à Apple, ni à personne d’autre, si une telle offre voyait le jour.

N’entrons pas dans les méandres des formats propriétaires. Ils sont évidemment  contraignants, agressifs commercialement. Avec le lancement de cet abonnement, les fournisseurs de contenus ont un immense rôle à jouer : proposer des livres, des jeux, des animations de bonne et belle qualité. Facile à dire, mais si les éditeurs soucieux de cette qualité ne trouvent pas de modèle économique viable pour créer, diffuser leurs réalisations et pour être visibles, l’aventure risque de tourner court pour eux. Tenir bon et continuer : c’est le souci de beaucoup d’entre eux, en France, aujourd’hui. On en revient toujours à la même question : comment promouvoir une édition innovante et de qualité ?

Le livre numérique jeunesse : quels usages ? (7)

Le milieu du sandwich

Pour qui prenons-nous les 9-12 ans ? On se penche beaucoup sur les petits, sur ce qu’ils font, sur ce qu’ils aimeraient lire, sur les jouets qu’ils voudraient bien avoir et qui ressembleraient à ceux de papa et maman, sur leur saine utilisation des écrans et la façon dont ils les manipulent – en s’émerveillant sur leur précocité en la matière. On scrute, on étudie, on anticipe pour le pire ou pour le meilleur. Ils ont le beurre et le pain sur lequel le tartiner :  des applications en tous genres (jeux, coloriages, livres, musique, photo, etc.), des supports pour ces applications (Storio 2, Gulli, Lexibook et autres tablettes).

On s’intéresse aussi aux adolescents. De quels mobiles sont-ils équipés ? Comment s’en servent-ils ? Quelles sont leurs pratiques sur internet ? Les mettent-elles en danger ? Avec des réflexions sur le sujet plutôt intéressantes, notamment celle sur le “droit à l’oubli”. À quoi jouent-ils ? Que lisent-ils ? À tel point que la lecture des ados est devenue un créneau éditorial à elle toute seule.

Mais que faisons-nous pour les 9-12 ans ? En matière de livre numérique, l’offre qui leur est destinée est pour l’instant très pauvre. Alors qu’ils manipulent parfaitement une tablette ou un smartphone. Le web ? Ils savent également s’y rendre. De là à les y envoyer pour un oui ou pour un non, il n’y a qu’un pas. C’est notamment frappant dans le reportage diffusé sur TF1 sur l’iPad et les enfants. On y voit une institutrice de CE2 demander à ses élèves de faire des recherches sur Wikipedia via les tablettes dont ils disposent. C’est singulier. On aurait aimé voir que l’iPad puisse servir à innover, à faire autre chose que surfer sur le web.

Que faisons-nous de ces 9-12 ans en les envoyant chercher sur internet des réponses à leurs questions ? Sans aucun recul, sans aucune analyse. On peut mettre des limites chez soi. En veillant, en naviguant avec son enfant ou en se réfugiant au sein de navigateurs sécurisés comme Potati ou Bayam. Dans les deux cas – à la différence que Bayam est payant –, l’enfant n’accède qu’aux sites sélectionnés pour le navigateur et peut surfer tout en garantissant à ses parents une certaine tranquillité d’esprit. C’est une très bonne nouvelle que ces logiciels existent et cela soulage et rassure sans doute de nombreux chargés de famille. N’empêche. Il manque, pour ces 9-12 ans, que l’on expédie enquêter sur Victor Hugo ou sur le moteur à explosion, un apprentissage en amont, un travail pédagogique sur l’usage du web, sur l’utilité, ou non, des informations qu’on peut y trouver, sur leur qualité, sur leur volatilité.

Quel sens critique développent nos 9-12 ans ? Pourquoi les pousse-t-on désormais à faire leurs recherches scolaires ou parascolaires sur internet ? Les livres de documentation existent encore. Est-ce la facilité d’accès ? Cela peut sembler moins fastidieux que de scruter le sommaire d’un bouquin. Est-ce l’universalité encyclopédique que représente le web ? On s’égarait avant dans l’Encyclopédie Universalis. On se noie maintenant dans Google. Et il faut avouer que c’est bien plus distrayant.
C’est aussi là où le bas blesse. Que retirent nos enfants de leurs recherches ? Comment leur apprendre à aller à l’essentiel ? Où est la place du livre documentaire – papier ou numérique peu importe ? Les propos de Frédéric Kaplan à ce sujet sont intéressants (voir Les trois futurs des livres-machines) : il oppose l’Encyclopédie, enrichie, actualisée en permanence, vouée à l’expansion – ce à quoi aujourd’hui le web –  et le livre, qui est au contraire un système fermé, linéaire, avec un début et une fin. De façon très résumée et simplifiée (mais pas erronée j’espère), trois futurs sont alors envisageables pour les “livres-machines” : les livres deviennent des ressources standardisées, les données d’une immense base de données, l’existence des livres est prolongée par celle d’applications fermées qui incluent tout ce que leurs concepteurs veulent bien y mettre, enfin les livres deviennent des interfaces pour contrôler nos écrans, voire organiser notre vie…

Quel est l’avenir du livre documentaire pour nos 9-12 ans ? Pour ce milieu du sandwich, trop grand pour les applications de découvertes enfantines, trop petit pour aller surfer sur la toile en solitaire. Il faudrait pour eux une encyclopédie “ouverte-fermée”. Totalement contradictoire mais beau sujet de recherche.